OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Vendredi c’est Graphism S02E15! [Spécial musique !] http://owni.fr/2011/04/15/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e15-special-musique/ http://owni.fr/2011/04/15/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s02e15-special-musique/#comments Fri, 15 Apr 2011 06:30:16 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=56839

Hello et bon vendredi ! :-)

La fin de semaine approche et pour cette édition, j’ai tenté l’exercice de vous faire un numéro spécial musique ! Je vous invite donc à monter le son de votre ordinateur pour découvrir un peu ces gens, ces expérimentations, ces images qui jouent et nous racontent la musique. Au programme, je vous propose de l’expérimental avec Daito Manabe et le collectif FOUND, de la mode avec la campagne MTV, on fera également un tour dans la nature et dans la littérature musicale. On finira sur un gramophone en papier ainsi qu’un WTF musical japonais.. trèèès étrange !

Bon vendredi..et bon graphisme !

Geoffrey

On commence donc notre semaine avec Daito Manabe et Motoi Ishibashi, deux créateurs de génie qui utilisent la technologie comme un moyen d’expression transversal entre art, design, publicité et… musique ! Ils nous ont dévoilé cette semaine leurs nouveaux travaux dans l’exposition des “Particles” présentée au Centre des arts & médias de Yamaguchi – YCAM. Ce programme a été commandé par le “Festival Japan Media Arts” et voilà la première expérience qu’ils nous partagent.

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Pour sa nouvelle campagne intitulée “La Música No Para”, l’équipe de MTV Brésil a décidé de créer des t-shirt qui représentent l’idée de la mixité musicale. Selon eux, ces fameux t-shirts de groupes de rock représentent les fans et tendent à figer l’image d’une époque et l’esprit d’une musique. L’idée est donc de réconcilier les époques et les fans en uniant les groupes de musique. Une idée qui part d’un postulat intéressant et dont la réalisation est visuellement très intéressante !

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Toujours dans l’expérimental, voici un projet qui n’est pas tout récent mais dont j’ai eu le loisir de le redécouvrir et de l’apprécier. Il s’agit de Cybraphon, un projet artistique du collectif d’Edimbourg FOUND. L’idée est de réaliser un objet musical extraordinaire et de nous donner beaucoup d’émotions au travers du “coffre” de cet objet.

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On continue tout doucement entre son, musique et technologie avec ce spot publicitaire qui m’a particulièrement plu. Il nous impose d’avoir un peu de temps pour se détendre, pour le regarder. L’idée de ce spot est de replacer la nature et la temporalité au sein de la technologie au travers d’une . Réalisé pour DoCoMo pour promouvoir leur « téléphone en bois » (sans jeu de mot!), je vous laisse découvrir cette vidéo :)

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Je pense que l’on a tous compris que les “représentations minimalistes” de musiques, de films, d’artistes, etc. ont été trop exploités et ont perdu beaucoup de leur intérêt hélas. Cependant, je suis ravi de voir que certains graphistes se posent des questions nouvelles sur comment représenter des titres, des pochettes d’albums, des chanteurs, etc.  Et bien c’est See Gee qui s’est attardé sur ce travail pour créer des livres à partir d’albums de musique ou des chansons. Enfin un peu de matière, d’humour et d’histoire !

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Il y a trois jours, j’ai eu la chance de découvrir ce magnifique travail réalisé par Kelli Anderson. Ce livre intitulé “Paper Record Player” est sans aucun doute un des plus ingénieux ouvrage musical qui ai été réalisé. Au départ, il s’agit d’un simple faire-part de mariage mais l’effort a été de créé un véritable tourne-disque en papier. Il est ainsi possible de lire un fin disque spécialement pressé pour l’occasion !

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Le WTF de cette semaine s’appelle Egapon ! Il s’agit d’un jeu musical japonais en flash dont je n’ai pas encore compris la règle mais dans lequel vous êtes invité à contrôler en rythme un monsieur aux postures assez étranges… ! Rythmé et musical donc… mais WTF !

merci Galdric

Le Site

Pour finir sur une petite note de fin, je vous invite à jeter un oeil sur la future version de Deezer en…HTML5 ! Je vous propose également de tester avec Firefox4 cette démo incroyable réalisée pour mettre en avant les nouvelles possibilités du navigateur Firefox. Pour finir, n’hésitez pas à m’envoyer vos actualités, vos news, vos créations par e-mail ou sur twitter ! Dans les commentaires, n’hésitez pas non plus à partager vos expériences musicales & graphiques !

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Attention bon plan clip : FluidRiver http://owni.fr/2011/02/09/attention-bon-plan-clip-fluidriver/ http://owni.fr/2011/02/09/attention-bon-plan-clip-fluidriver/#comments Wed, 09 Feb 2011 16:37:06 +0000 Owni Music http://owni.fr/?p=30204 Sébastien Gilles a un sacré parcours dont il nous parlera ci-dessous. Il a fondé FluidRiver en 2009. Une plateforme qui fait le liens entre les secteurs de la musique et les cinéastes. Issu d’un monde étranger à la musique, nous l’avons rencontré pour qu’il nous fasse part de ses observations et nous résume l’état actuel de sa société.

Quel est ton parcours professionnel ? Comment en es-tu arrivé à travailler avec le monde musical ?

J’ai un profil plutôt atypique pour le monde musical, avec un parcours d’ingénieur, de chercheur puis d’entrepreneur en nouvelles technologies, venu sur le tas à la musique par passion.

Après des études d’ingénieur à l’ENSTA, j’ai fait une thèse à l’université d’Oxford en vision artificielle. Je m’intéressais à la manière de “faire voir” les machines, mon univers était celui des images. De retour en France, j’ai rejoint un institut de recherche, l’INRIA avant de fonder une startup en reconnaissance d’images avec d’autres chercheurs, LTU Technologies. Je suis passé du statut de chercheur à celui d’entrepreneur et j’ai été le directeur scientifique de LTU pendant 9 ans. En 2005, nous avons été rachetés par un groupe Japonais et en 2008 j’ai quitté la société.

Les années 2000-2008 m’ont donné le goût d’entreprendre, c’est-à-dire de partir d’une idée et de la réaliser. Et j’avais bien l’intention de me relancer dans un nouveau projet, avec cette fois-ci la possibilité d’y associer une dimension artistique.

Il s’est trouvé que pendant que je réfléchissais à des idées de projets, j’ai découvert toute une scène underground à Paris, organisée autour de squats artistiques éphémères où se déroulent lectures, performances audiovisuelles et concerts, le tout dans un esprit incroyable de liberté de création, hors de tout cadre officiel. J’ai rencontré beaucoup d’artistes dans ces squats -des musiciens, des vidéastes, des VJs (Visual Jockeys) ou des artistes qui explorent le “net-art”.

L’apport de la vidéo à la musique m’est apparu essentiel, à la fois pour des raisons esthétiques et artistiques, mais aussi pour des raisons de circulation de l’oeuvre auprès du public et donc de sa promotion sur les réseaux. Par exemple, un lien vidéo voyage plus vite et plus loin qu’un lien musical sur le réseau, parce que le taux de partage entre internautes est statistiquement plus élevé. La raison en est que les images qui accompagnent un lien partagé sur Facebook agissent comme un aimant pour nos yeux : nous sommes attirés sans même le vouloir. Un lien textuel n’a pas le même effet.

Lire demande toujours un effort, alors que voir n’en nécessite pas. Un lien vers un clip est donc un véhicule puissant de découverte, de partage et de circulation d’un morceau musical sur la Toile.

Avant, un clip était un moyen pour les artistes d’accéder au média “télévision”. C’était un investissement lourd et son coût le mettait hors de portée d’une majorité d’artistes, il était donc souvent réservé à une élite. Aujourd’hui, l’audience ne se trouve plus en télévision mais sur Internet. On y diffuse une vidéo gratuitement, mondialement et sans limitation de temps et c’est à la portée de tout le monde.

Quant à la révolution numérique dans l’audiovisuel de ces 20 dernières années, elle a eu pour effet de mettre des outils professionnels dans les mains de l’amateur. Caméras HD, disque dur portables, logiciels complets de post-production, tous ces outils sont aujourd’hui démocratisés. C’est le même phénomène qu’en musique avec la révolution des home studios.

Au final, on voit bien que la technologie et les outils sont là, disponibles, accessibles à tous. En d’autres termes, ce n’est plus l’outil qui différencie le professionnel de l’amateur dans la production audiovisuelle, mais le savoir-faire, le talent et la sensibilité. Donc la seule chose qui manquait pour permettre à chaque artiste d’avoir une chance d’accéder au clip, c’était de pouvoir faire découvrir sa musique et entrer en contact avec des vidéastes. Et l’idée de créer un réseau de musiciens et de vidéastes pour provoquer des rencontres artistiques et faire des clips a germé : FluidRiver était né.

Quel est le concept de FluidRiver ? A quelles problématiques cela répond-t-il ?

FluidRiver est un réseau de réalisateurs et de musiciens. Le but : faire des clips différemment, pour changer l’image de la musique. Pour les labels, c’est une nouvelle manière de travailler le clip, en accédant à un vaste réseau de réalisateurs professionnels, souvent jeunes, créatifs et innovants.

Plutôt que de choisir un réalisateur uniquement sur ses références -ce qui privilégie les réalisateurs déjà établis, avec un risque évident et avéré d’uniformisation visuelle, le principe est de retenir un réalisateur pour ses idées.

FluidRiver étant bien entendu garant d’une qualité en ayant sélectionné les réalisateurs en amont.

Avec sa forte culture de l’image et du cinéma, ses nombreuses formations et écoles d’audiovisuel, la France est un vivier de talents créatifs dans le domaine de l’image. Grâce à FluidRiver, les labels ont un accès direct et simplifié à cette source de talents, tandis que certains réalisateurs reçoivent des appels d’offre de clips auxquels ils n’auraient jamais eu accès seuls.

Pour les artistes et réalisateurs amateurs, FluidRiver est un réseau où l’on se rencontre, gratuitement. Lorsqu’on est un groupe amateur, on n’a pas forcément autour de soi un ami vidéaste, prêt à réaliser même un petit clip. Grâce à FluidRiver, on peut faire écouter sa musique et nouer des contacts avec des réalisateurs du monde entier. Inversement, beaucoup de jeunes réalisateurs veulent développer leur bande-démo, mais manquent de projets intéressants. FluidRiver est pour eux l’occasion d’accéder à un vaste choix de musique.

Comment ça marche? Y a t il une sélection pour participer?

FluidRiver est ouvert à tous, musiciens comme réalisateurs. Chacun est libre de s’inscrire, créer un profil, y diffuser morceaux, images et vidéos et entrer en contact avec d’autres membres.

Côté amateur, ça marche de manière assez simple : un musicien crée un projet de clip, qui est une page permettant d’écouter le morceau avec un petit brief succinct. Les réalisateurs écoutent ainsi les morceaux et, à la manière de Facebook, peuvent faire une demande de contact au musicien. Si un clip nait à la suite de cette rencontre, les deux artistes ont la possibilité de signer électroniquement « l’autorisation croisée », qui est un contrat qui attribue la paternité conjointe du clip aux deux artistes, les protège l’un l’autre et les autorise à procéder à sa diffusion libre et gratuite, notamment sur FluidRiver. C’est une sorte de PACS vidéo-musical. Les artistes sont bien sûr libres de ne pas utiliser cette licence et de collaborer comme bon leur semble.

Concernant les réalisateurs professionnels, je procède à une sélection en amont, en privilégiant une approche esthétique originale, une prise de risque artistique. Ces réalisateurs recevront alors gratuitement les appels d’offre, libre à eux d’y participer ou pas. Chacun conserve donc sa liberté. Je référence aussi directement des sociétés de production audiovisuelle, qui elles-mêmes ont plusieurs réalisateurs.

Pour les labels qui recherchent un réalisateur, j’interviens directement et personnellement en rencontrant les artistes, le label, le manager. J’écoute ce qu’ils me disent, leurs attentes en terme d’image, et je rédige un brief artistique à destination des réalisateurs professionnels. Ce brief comprend notamment un budget fixe (la compétition entre réalisateurs n’est donc pas financière) et toutes les informations nécessaires pour poser sa candidature. Quinze jours ou trois semaines plus tard, le label reçoit plusieurs propositions de scénario, accompagnés d’une note d’intention, de références visuelles, etc.

Il n’est pas rare sur un appel d’offre FluidRiver d’avoir une dizaine ou une quinzaine de propositions de réalisateurs, toutes rentrant dans une enveloppe budgétaire fixée en amont. Ceci serait simplement impossible à faire en label, à moins qu’un chargé de projet y passe plusieurs semaines à temps complet.

Quel est votre modèle économique?

FluidRiver est ce qu’on appelle un service « freemium » : le service est payant pour un usage professionnel et gratuit pour un usage amateur.

Sur un appel d’offre de clip professionnel, FluidRiver perçoit une commission de 10% sur le budget de production du clip si un réalisateur est retenu. Dans le cas contraire, et si au moins 5 propositions de scénario ont été fournies par FluidRiver, une somme forfaitaire de 200€ sera demandée au label. Ceci permet de proposer une offre très attractive, sans risque, à tous les labels.

FluidRiver a aussi été sollicité pour des films publicitaires et ça c’était une vraie surprise pour moi. Je me suis rendu compte que le réseau de réalisateurs professionnels que j’avais créé commençait à avoir une valeur pour le monde de la publicité. La raison en est simple : les agences Web, dont le métier de base est de réaliser un site Web, proposent de plus en plus de contenus vidéos créatifs aux marques, que ce soit pour habiller des sites Web ou dans le cadre de campagnes publicitaires sur Internet. Les agences web ou marketing qui cherchent des réalisateurs ont avec FluidRiver un outil puissant pour accompagner leurs projets. Ainsi, FluidRiver a placé deux réalisateurs pour un habillage vidéo de site pour Evian (avec l’agence Plan-Net) et un film d’animation promotionnel pour Ecofolio (avec WordsOff et l’agence Ligaris).

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Quelles sont vos ambitions à court et long terme pour FluidRiver?

Depuis sa création en octobre 2009, FluidRiver a réalisé plus d’une dizaine de clips professionnels, dont plusieurs ont été diffusés sur MTV, M6, etc. C’est peu et beaucoup à la fois, surtout quand on part de zéro! Les clips FluidRiver ont été vus par plus de 2 millions de personnes sur Internet (YouTube ou Dailymotion), nous avons travaillé pour des artistes prestigieux comme Vitalic et deux clips FluidRiver faisaient partie des trente nominés pour projection sur écran géant à Rock En Seine. Mes toutes premières ambitions ont donc largement été dépassées.

Aujourd’hui la priorité reste de développer le réseau des réalisateurs et d’augmenter le nombre de projets de clips. FluidRiver est virtuellement le plus gros réseau de réalisateurs professionnels en France, nous sommes donc loin d’avoir atteint notre vitesse de croisière. Mes efforts vont donc aller vers les labels, major ou indés. Je pense aussi aux agences web ou marketing car de nombreux projets de vidéos virales fleurissent dans ce domaine, et les budgets sont plus importants qu’en clip. Concernant le service gratuit aux amateurs, mon ambition est aussi de le développer, d’élargir la base des groupes et vidéastes, en France et à l’étranger. J’aime l’idée d’un joyeux melting-pot vidéo-musical, de ce bouillon de culture où les gens peuvent se rencontrer pour faire des images atypiques. C’est le “off” de FluidRiver, son côté laboratoire audiovisuel.

Je continue aussi une série de portraits de réalisateurs de clips, renvoyant la lumière à ceux qui la posent sur les artistes. Ils ont toujours un regard très intéressant sur les arts audiovisuels et la musique, vu du côté du réalisateur de clip. Les portraits sont visibles sur le blog de Fluidriver.

Que penses-tu de l’avenir du clip? Des chaines de télévisions spécialisée musique ?

Je pense que le clip est à un tournant de sa vie. Depuis les Scopitones du début des années 60, à la création de MTV en 1980, jusqu’au tsunami YouTube, on voit que son importance dans la vie musicale n’a fait que croître. Le clip est le type de contenu le plus recherché sur YouTube, et le plus partagé sur Facebook.

Le clip est un lieu d’expérimentation audiovisuel, où naissent de nouvelles techniques et façons de filmer, qui sont ensuite utilisées en pub ou en long-métrages. C’est aussi un miroir de la société, on y retrouve les doutes, les sujets et les préoccupations du moment, ainsi que toutes les tendances de look, de style, d’accessoires actuels. Le clip puise son inspiration dans le design, l’architecture, la mode, la photographie, le cinema et la musique : c’est un sport complet!

Pourtant, le clip est un peu le parent pauvre de la musique et de l’audiovisuel. Dans les labels, on s’en soucie généralement au dernier moment, et un peu dans l’urgence. On réserve peu de ressources pour le clip, c’est dommage car on risque de se priver d’un beau réservoir de visibilité. Du côté de l’audiovisuel, la voie royale pour un réalisateur est à peu près celle-ci : le clip, la pub, le court-métrage et le long-métrage. Le clip est donc un objet audiovisuel étrange, aux contours mal définis, mais d’un impact terrible lorsqu’il fait mouche, tant pour l’artiste que pour le réalisateur.

J’essaye aussi de promouvoir une approche originale du clip auprès des labels. Par exemple, récemment nous avons travaillé avec les Dinner At The Thompson’s. Le label Bonne Pioche envisageait un seul clip pour la sortie de l’album, et je leur ai proposé d’en faire deux, enchaînés comme des épisodes.

Plus riche créativement, plus original pour les fans, c’est aussi un moyen de mutualiser des moyens de production et de travailler une sortie d’album différemment.

Le plan média classique en label a une forme de pic resserré. Tout est concentré sur un seul instant : la sortie de l’album. Télé, radio, presse, internet… tous les efforts humains et financiers du projet sont engloutis à ce moment de la vie de l’album afin de bénéficier d’une exposition très forte mais très courte. Si après deux ou trois mois, les ventes de l’album sont décevantes, on ne travaille plus l’album, on arrête, c’est perdu. Alors qu’un album c’est plusieurs mois de travail… Au contraire, en prévoyant dès les début un premier clip pour accompagner la sortie de l’album et un second quelques mois plus tard, lié au premier d’une certaine manière, on travaille l’image du groupe et de l’album de manière plus puissante. On peut raconter une histoire, et donc attirer à nouveau l’attention des médias et du public sur le groupe.

Cette approche en épisodes vidéo est à mon avis l’avenir du clip. Il faut s’imaginer que sur un réseau social comme Facebook, Twitter ou MySpace, un internaute voit défiler devant ses yeux des centaines de liens, de photos, de textes chaque jour et ce nombre ne cesse d’augmenter.

Confontré à ce “buffet à volonté” croissant d’informations, l’internaute réalise qu’il ne pourra pas tout voir car une journée n’aura toujours que 24h. Le paradoxe est donc que l’internaute passe une partie de plus en plus importante de son temps à ignorer des informations, à devoir faire des choix, filtrer et trier. Sachant ça, un artiste doit utiliser les réseaux sociaux avec intelligence et tout faire pour créer du sens autour de son oeuvre. Créer du sens, c’est se distinguer dans un réseau dominé par le bruit blanc créé par les autres. C’est aussi créer un lien entre des morceaux, un entre-deux. En ce sens, l’approche du clip en épisodes vidéo que j’évoque est un moyen de créer du sens, en liant deux morceaux et en créant quelque chose de nouveau entre les deux : une histoire.

Quels sont les obstacles que vous rencontrez ?

Je dois dire qu’ils ne manquent pas… Pour résumer, créer une start-up dans le monde de la musique aujourd’hui est un pari hyper-risqué, voire suicidaire! Lorsqu’en plus on apporte une innovation comme FluidRiver et qu’on ne vient pas du monde de la musique, les difficultés explosent.

D’un côté le monde de la musique est en crise suite à l’effondrement des ventes de disques depuis 10 ans. De l’autre le monde du cinéma et de l’audiovisuel peine aussi à vivre -même si la France offre un soutien à la production énorme, notamment par le biais du CNC. Se positionner entre les deux, en intermédiaire, ne peut donc s’envisager que si le service proposé apporte vraiment quelque chose aux deux parties. En ce sens, FluidRiver a sû amener des labels et des réalisateurs qui ne se connaissaient pas à travailler ensemble pour la satisfaction de tout le monde, et de l’artiste en premier lieu.

Toujours du côté des obstacles, je note que le monde de la musique est difficile d’accès surtout lorsqu’on n’en vient pas. La culture de la cooptation, de la recommandation et du réseau est reine, beaucoup plus que dans d’autres milieux. Il est donc dur de se frayer un chemin, d’amener les gens à vous prêter attention et à vous faire confiance. Mais il faut savoir s’adapter, dé-sapprendre une manière de travailler pour en ré-apprendre une autre. C’est ce que j’ai fait en passant du monde du logiciel à celui de la musique, j’ai délibérément quitté ma zone de confort pour partir à la rencontre d’un monde nouveau.

Enfin, il y a la question du temps. En label, directeurs artistiques et chargés de projet sont globalement débordés, devant faire toujours plus avec moins de moyens.

Faute de temps, beaucoup ne répondent donc tout simplement pas à des demandes de contact, même répétées, car vous n’êtes pas une priorité dans une foule de contraintes qui affluent de toutes parts. Le paradoxe est que FluidRiver est précisément un service qui fait gagner un temps précieux aux directeurs artistiques et aux chargés de projets. Ce devrait donc être une priorité !

Quelle utilisation faites vous des Creative Commons ?

Dès le début, FluidRiver a été conçu pour apporter une réponse globale aux artistes, qu’ils travaillent en Copyright ou en Creative Commons. Il était important pour moi d’apporter un cadre juridique clair et transparent aux artistes leur permettant de travailler ensemble sans risque sur des oeuvres à deux auteurs.

Avec FluidRiver, les musiciens qui travaillent en Creative Commons disposent des mêmes possibilités que ceux travaillant en Copyright (typiquement les artistes SACEM). Ils peuvent faire écouter leur oeuvre en précisant qu’elle est sous Creative Commons et peuvent entrer en contact avec des réalisateurs qui eux aussi font le choix de travailler en Creative Commons sur un clip.

Nous utilisons donc Creative Commons particulièrement par rapport à son mécanisme d’œuvre dite “dérivée” car un clip est une oeuvre dérivée d’un morceau. Si ce morceau est sous licence Creative Commons, le musicien l’indique et le clip qui en découlera sera automatiquement sous Creative Commons, c’est la beauté intellectuelle des Creative Commons. Ce mécanisme simplifie fortement la collaboration entre artistes.

A la base, les Creative Commons sont un contrat de droit qui dit ce qu’il est possible et ce qu’il n’est pas possible de faire en terme d’exploitation d’une oeuvre. Mais elles ne disent pas comment faire. Par exemple, comment s’y prendre concrètement lorsque l’on est musicien en Creative Commons et que l’on cherche à réaliser un clip en restant dans le cadre des Creative Commons? FluidRiver répond à cette question, apporte un mécanisme concret d’interaction propice à la collaboration entre deux artistes. C’est le seul site au monde à le proposer. FluidRiver peut donc être vu comme un exemple de réalisation concrète des Creative Commons dans sa partie collaborative.

De quoi es-tu le plus fier dans l’histoire de FluidRiver ?

Je crois que c’est ce que m’a dit un jour Nassim Maoui, un réalisateur qui venait de remporter un appel d’offre pour un clip de Beat Assailant avec Discograph (et ASM en production), que j’avais décroché peu de temps avant. Nous ne nous étions jamais rencontrés, j’avais juste vu sa bande-démo et sa proposition de clip, celle qui avait été retenue.

Monté de Marseille pour tourner le clip à Paris, il m’a expliqué que depuis des années, comme beaucoup de réalisateurs, il proposait spontanément des idées de clips aux labels et que rarement il avait eu un retour. Et là, il venait tout simplement de décrocher le clip d’un artiste qu’il adorait. Il était aux anges!

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le clip, petit bijou de graphisme, a révélé un réalisateur bourré de talent (ainsi que son complice Christophe Menz) et a immédiatement fait le tour du Web, jusqu’à sa nomination parmi les trente clips proposés à la projection sur écran géant à Rock en Seine. Je ne sais pas si j’ai ressenti de la fierté, mais la joie était là, le concept FluidRiver commençait vraiment à m’étonner !

Interview réalisée par OWNImusic

Photos CC flickr : julespajot; villehoo; David Torcivia

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La télévision musicale fait son comeback http://owni.fr/2011/02/09/la-television-musicale-fait-son-comeback/ http://owni.fr/2011/02/09/la-television-musicale-fait-son-comeback/#comments Wed, 09 Feb 2011 13:03:30 +0000 Music Ally http://owni.fr/?p=30219 Nous avons tenté d’éviter de nous attarder sur les séries de pronostiques 2011 érigées par les “gourous” de l’industrie qui, même si formulées par des personnes respectables et dotées de talents incontestables, peuvent parfois nous induire en erreur ou nous ôter nos idées folles pourtant réalisables et peut-être mêmes géniales. Nous avons donc opté pour cet article, extrait d’un bilan élaboré par Music Ally (dont vous pourrez trouver la série originale ici), qui résume la situation actuelle d’un point de vue américain sans pour autant prétendre prédire l’avenir.

Cet article est la dixième partie de la série des tendances 2010 publiée sur Music Ally. Retrouvez la première partie de cette série.

Si Pandora et Spotify sont deux des success stories de 2010, alors Vevo en était une troisième. Il enregistre actuellement environ 500 millions de visionnages de clips par mois, sur le site ou via iPhone. Et ça n’est qu’une des façons dont la télévision et la musique se rapprochent.

Avec YouTube, Vevo a prouvé qu’il y avait une énorme demande de vidéos musicales en ligne, surtout quand elles sont proposées gratuitement, avec de la publicité. Un modèle sujet à controverse pour la musique en streaming, mais qui est moins problématique pour la vidéo, peut-être parce que le nombre de vidéos vendues auparavant était trop bas pour justifier les craintes de cannibalisation.

Une tendance importante pour Vevo cette année a été son évolution d’un simple rôle de diffusion à celui de programmation, offrant des concerts en streaming et des émissions musicales à son audience. Qui aurait pu prédire que le MTV du Web 2.0 allait partiellement appartenir aux majors ? En fait, peut-être que ça n’était pas aussi difficile à prévoir, étant donné la façon dont les ayants-droits ont manqué le coche (et les revenus) lorsque MTV a été lancée.

Une des nouvelles fonctionnalités, Vevo Evolved, une partie du site dédiée aux vidéos musicales innovantes, a commencé avec “un clip dont vous êtes le héros” de Andy Grammer. Cette année, il était loin d’être le seul artiste à explorer les différentes possibilités des vidéos interactives : Robyn, Arcade Fire, Cassius et Tiffany Page s’y sont également essayés.

Le buzz autour de Vevo ne doit pas faire oublier le fait que les vidéos de musique en ligne ont donné lieu à quelques prises de bec en 2010 : la plus notable lorsque UMG a retiré son catalogue des sites web de MTV, suite à des négociations dans lesquelles Vevo était impliqué. Pendant ce temps, WMG toujours réfractaire à Vevo, préférait conclure un accord avec… MTV.

Une autre tendance distincte est le mouvement de la musique vers la télévision traditionnelle, la boîte dans le coin du salon. 2010 a vu des entreprises différentes – Google et Samsung y compris – lancer des télévisions connectées capable de télécharger des applications. Pandora et Napster sont depuis longtemps sur ce marché, mais il faut s’attendre à ce que tous les services de streaming les y rejoignent en 2011.

Pendant ce temps, comme l’a montré Spotify, il y a des accords à conclure avec les acteurs du secteur des télécoms qui proposent une offre triple-play (haut-débit, mobile et TV). Virgin Media doit encore lancer son propre service musical, mais l’annonce en novembre d’une box équipée par TiVo et dotée d’un système d’applications a ouvert la voie au streaming musical – et nourri les spéculations concernant un éventuel partenariat entre Virgin Media et Spotify.

Un des mélanges pas si positifs entre la musique et la télévision cette année a eu lieu dans les jeux pour consoles, où les revenus des jeux musicaux ont poursuivi leur déclin. Viacom a récemment révélé sa volonté de revendre la division développement en charge du jeu Rock Band, ce qui – malgré qu’elle ait rappelé que les jeux n’étaient pas le coeur de son business – ressemblait tout de même à un désaveu.

Vendre de la musique pour une utilisation dans des jeux vidéo traditionnels continue d’être une source de revenue considérable pour l’industrie, et les jeux purement musicaux semblent dans une impasse – Dance Central sur Xbox 360 est un des jeux en vogue pour Noël, grâce essentiellement au système de détection de mouvement Kinect. Cependant, 2010 a vu l’industrie de la musique s’accoutumer du fait que les jeux pour consoles n’étaient qu’un revenu parmi d’autres, une perspective plus raisonnable que les folles prédictions qui étaient faites quand le genre était à son apogée, il y a deux ou trois ans.

Cependant, les consoles fournissent une autre opportunité, grâce à des services comme VidZone sur PS3 ou Zune et Last.fm sur Xbox 360. Les consoles deviennent des appareils multi-fonctions, qui font rentrer les services musicaux dans la télévision de la même manière que les services de la télévision connectée.


Article initialement publié sur Music Ally et traduit par Martin Utersinger

Retrouvez la partie 8 de la série trends of 2010 en français.

Crédits photos CC flickr : http: familymwr; the Gu k; wuhuu

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Comment la culture mainstream a conquis le monde http://owni.fr/2010/04/01/comment-la-culture-mainstream-a-conquis-le-monde/ http://owni.fr/2010/04/01/comment-la-culture-mainstream-a-conquis-le-monde/#comments Thu, 01 Apr 2010 11:24:22 +0000 Clémentine Gallot http://owni.fr/?p=11318 icon_electronlibre1Mainstream, une enquête sur la culture de masse et l’entertainment global qui sort aujourd’hui, livre un état des lieux complet des nouveaux flux culturels qui unissent Hollywood à Mumbai en passant par Le Caire et Rio, avec une certitude : la mondialisation des contenus est en marche.

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« Le mainstream est l’inverse de la contre-culture, de la subculture, des niches ; c’est pour beaucoup le contraire de l’art. » Si la culture de marché a longtemps été un objet d’étude illégitime (en France, en tout cas), le livre de Frédéric Martel, journaliste et universitaire, dessine, enfin, une cartographie des nouvelles guerres culturelles, mal connues, que se livrent pays dominants et pays émergents pour la conquête du « soft power ».

Une méthode qui repose sur plusieurs constats : « la mondialisation des contenus est un phénomène insuffisamment analysé » et « les stratégies, le marketing et la diffusion de produits culturels sont souvent plus intéressants que les contenus eux-mêmes, » écrit-il. L’auteur s’est ainsi livré à un travail de terrain de plusieurs années, sillonnant les capitales de l’entertainment comme New York ou Singapour, écoutant du Christian Rock à Nashville et visitant des plateaux de tournages dans le désert ou dans la jungle. Internet oblige, cet ouvrage interactif propose de retrouver l’équivalent de mille pages de notes, ainsi que des documents, sur un site dédié.

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Au commencement était l’Amérique

La culture mondialisée puise sa source aux États-Unis, la moitié de ce livre-somme est ainsi consacrée à la naissance du monopole américain de la «  diversité standardisée », à son écosystème et au business du show-business.

L’auteur est ainsi allé à la rencontre des acteurs qui façonnent un paysage culturel américain dominé par Hollywood. Avant de s’imposer ailleurs, ce modèle s’est d’abord installé dans l’espace américain, depuis les années 1950 : « le drive-in fut l’une des matrices de la culture de masse américaine d’après-guerre, » explique t-il. Le passage du drive-in, dans la suburb, aux multiplexes dans les shopping-malls des exurbs, ou immenses centres urbains, symbolise bien ce développement de l’industrie du cinéma de masse. Le cinéma est aujourd’hui rentable moins grâce au tickets vendus que par les concessions de pop corn et de coca-cola, devenu son véritable modèle économique.

En passant par Disney, où la stratégie culturelle est axée sur le cross-over, l’auteur visite le Nouvel Hollywood où tout le monde est indépendant tout en restant attachés aux grands studios (« l’indépendance est une catégorie esthétique »). De son côté, le lobby de la Motion Pictures Association of America, premier ambassadeur culturel américain, veille aux intérêts d’Hollywood à l’étranger et fait aujourd’hui de la lutte contre le piratage sa priorité mondiale.

Mainstream décrit également comment l’Amérique dérive une partie de sa domination culturelle de son influence musicale : « la pop music n’est pas un mouvement historique, ce n’est pas un genre musical, on l’invente et on la réinvente constamment. » Detroit, berceau du Motown, a émergé grâce à une stratégie marketing cross-over : une musique noire faite pour les blancs, donc une musique populaire américaine. Dans ce paysage musical, la chaîne MTV a, ensuite, dans les années 1980, créé le lien manquant entre culture et marketing. Les universités sont un autre lieu d’expérimentation culturel et un « facteur d’explication déterminant de la domination croissante des industries créatives américaines. »

Le développement de la mass culture américaine a aussi entraîné dans son sillage un basculement de toute une profession, celle de critique culturel. L’auteur consacre d’ailleurs plusieurs pages éclairantes à l’excellente et atrabilaire critique cinéma du New Yorker, Pauline Kael (et à ses fans, les « paulettes »), star aux États-Unis et inconnue en France.

Cette « intellectuelle anti-intellectuelle » a en effet été la première à traiter sérieusement du cinéma populaire, dans un magazine pourtant élitiste. Viendra ensuite l’anglaise expatriée à New York Tina Brown, à l’origine du « celebrity journalism ». Oprah, la reine des médias, contribue également à brouiller la frontière entre High culture et Low culture avec son émission littéraire accessible à tous. Le nouveau critique, devenu par la force des choses trendsetter, médiateur de l’entertainement ou « consumer critic », contemple ainsi la fin de la hiérarchie culturelle.

« Le marché mainstream, souvent regardé avec suspicion en Europe comme ennemi de la création artistique, a acquis aux Etats-Unis une sorte d’intégrité parce qu’il est considéré comme le résultat des choix réels du public. »

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Un nouvel ordre culturel mondial

S’éloignant ensuite des États-Unis, Mainstream s’intéresse à la guerre mondiale des contenus qui se traduit par des batailles régionales. Si l’on pense, par réflexe, aux promesses du marché chinois, la Chine avec sa censure et ses quotas n’est en réalité pas le géant escompté, Rupert Murdoch s’y est d’ailleurs cassé les dents. Selon Martel, India is the new China. En effet, « Les Indiens ont besoin des Américains pour faire contrepoids à la Chine et les Américains ont besoin de l’Inde pour réussir en Asie. »

Le revival de Bollywood qui a lieu depuis quelques années constitue en fait l’immense majorité du box-office indien qui connaît une très faible pénétration du cinéma américain. Les Américains n’ont d’autre choix désormais que de produire des films indiens en Inde, alors que celle-ci souhaite de son côté conquérir le monde. Mais les contenus locaux, tout en images et en musique qui font le succès de Bollywood ont pour l’instant du mal à se transformer en contenus globaux.

Sur la scène musicale, les flux culturels « pop » occupent en Asie une place prédominante, la musique américaine étant finalement moins présente qu’on ne l’imagine. L’enquête décrit ainsi la guerre que se livrent la pop japonaise (J-Pop) et coréenne (K-Pop) pour diffuser en Asie des cover songs et de la musique formatée dans différentes langues.

La guerre des contenus a aussi lieu sur le terrain de l’audiovisuel et des séries télévisées. L’exportation très lucrative et en pleine explosion des « dramas » coréens donne le « la » de la culture mondialisée asiatique. Boys over Flowers, immense succès de 2009 en Asie, est une sorte de Gossip Girl coréen sirupeux menée par quatre garçons pervers mais bien coiffés.

De l’autre côté du globe, les telenovelas brésiliennes sont celles qui ont le plus de succès : le Brésil étant un nouvel entrant dans le marché des échanges culturels internationaux, il exporte ses séries produites par le géant TV Globo, en Amérique Latine et en Europe centrale.

« Le marché international des telenovelas représente aujourd’hui une guerre culturelle entre la plupart des pays d’Amérique Latine et elle est mené par de puissants groupes médias. Le marché de la télévision est très local et les Américains s’en sortent le mieux, » explique Martel.

Dans les pays arabes, les « mousalsalets » ou feuilleton du ramadan sont des soap operas moraux qui peinent à se renouveler, alors que les séries syriennes, inspirées du modèle américain, décollent. Le conglomérat de médias panarabe Rotana, détenu par le Rupert Murodch du Moyen-Orient, le prince saoudien Al Waleed, a, de son côté, développé son vaste empire d’entertainement mainstream qui s’étend de Beyrouth au Caire.

Le livre se termine sur une note mitigée, en Europe, site d’une « culture anti-mainstream ». Il en ressort que « les Européens ne produisent que rarement de la culture mainstream européenne, » et que, malgré des cultures nationales fécondes, celles-ci ne s’exportent pas. Cette géopolitique actuelle de la culture et des medias n’est en tout cas pas favorable à l’Europe, qui voit sa culture commune s’affaiblir.

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Nouveau capitalisme culturel et économie immatérielle

Ce travail au long cours mené par Frédéric Martel et ces regards croisés, glanés d’un bout à l’autre du globe, convergent vers une hypothèse : la montée de l’entertainment américain va de pair avec le renforcement des cultures nationales (c’est le cas avec la montée en puissance de pays comme le Brésil, l’Inde ou la Corée). L’enquête, dans sa conclusion, esquisse l’avènement d’un modèle dynamique de «  capitalisme hip » :

« un nouveau capitalisme culturel avancé, à la fois concentré et décentralisé (..) les industries créatives n’étant plus des usines comme les studios à l’age d’or d’Hollywood mais des réseaux de productions constitués de centaines de milliers de PME et de start-up. »

De Hollywood à Dubaï, la mondialisation ainsi qu’Internet réorganisent tous les échanges : avec le basculement d’une culture de produits à une culture de services, la dématérialisation des contenus et l’économie immatérielle amplifient et renforcent ces mutations géopolitiques. Finalement, conclue le livre, « La grande nouveauté du XXIème siècle est la conjonction de ces deux phénomènes. »

Frédéric Martel, Mainstream, Flammarion, mars 2010, 460 p.

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> Article initialement publié sur Électron Libre

[MAJ 03/04/2010] L’auteur du livre, Frédéric Martel, était reçu par Nicolas Demorand ce premier avril sur France Inter.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

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