OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Les idéologues d’un monde sans enfant http://owni.fr/2012/01/23/les-ideologues-un-monde-sans-enfant/ http://owni.fr/2012/01/23/les-ideologues-un-monde-sans-enfant/#comments Mon, 23 Jan 2012 12:18:56 +0000 Stéphane Loignon http://owni.fr/?p=94362
Il n’est pas si lointain le temps où l’écrivain belge Théophile de Giraud et sa compagne arpentaient, songeurs, les routes du pays cathare, contemplant avec perplexité des banderoles qui annonçaient la fête des Pères. Ainsi est né le fruit de leur amour… la première fête des Non-Parents ! Bientôt trois ans et une santé de fer. Cette célébration, unique en son genre, a lieu en alternance à Paris et Bruxelles, sous le patronage bienveillant de la psychanalyste Corinne Maier, auteur de No kid : quarante raisons de ne pas avoir d’enfant : “J’en ai encore trouvé d’autres depuis ! ” confie-t-elle, forte de son expérience de mère d’adolescents, avant de poursuivre : 

Je ne m’étais pas posé suffisamment de questions avant d’avoir des enfants.

En Europe, la natalité est la plus faible au monde : l’indicateur de fécondité (1,53 enfant par femme en moyenne aujourd’hui) y est inférieur au seuil de renouvellement des générations (2,1) depuis les années 1970. Sur un Vieux Continent qui n’a jamais autant mérité son surnom, faire des enfants n’est plus une évidence. Faut-il s’en plaindre ou s’en réjouir ?

Terriens à la barre

Terriens à la barre

En 2050, la population mondiale atteindra les neuf milliards, selon les démographes. Et depuis octobre dernier, nous sommes ...

Pourquoi fait-on si peu d’enfants en Europe ?

Par hédonisme. La “transition démographique” – marquée par le recul de la mortalité et de la fécondité grâce à l’amélioration de l’hygiène, des conditions de vie et aux progrès de la médecine – a débuté à la fin du xviiie siècle en France et en Grande-Bretagne, avant de s’étendre à l’Europe, aux États-Unis, puis au reste du monde. Notre continent est le premier à avoir achevé ce processus, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Depuis les années 1960, l’Europe connaîtrait une “seconde transition démographique”, caractérisée par une fécondité durablement inférieure au niveau de remplacement des générations et un déclin du mariage, selon un rapport publié en 2011 par l’Institut national d’études démographiques (Ined). Les auteurs de cette étude lient ce phénomène à une mutation sociale :

À mesure que les populations occidentales sont devenues plus riches et mieux instruites, leurs préoccupations se sont détachées des besoins strictement associés à la survie, la sécurité et la solidarité. Davantage d’importance a été donnée à la réalisation et la reconnaissance de soi, la liberté de pensée et d’action (recul de la religion), la démocratie au quotidien, l’intérêt du travail et les valeurs éducatives.

Les autres continents suivront-ils le modèle européen ?

Oui, mais jusqu’où ? Voilà la question. L’Amérique du Nord a connu une évolution similaire à celle de l’Europe, mais la baisse de la natalité a été enrayée : l’indicateur de fécondité est même remonté à 2,03 après avoir chuté à 1,80 dans les années 1970 – cette hausse étant due à la natalité plus forte des populations récemment immigrées aux États-Unis. L’Asie (2,28), l’Amérique latine (2,30) et l’Océanie (2,49) voient leur fécondité se rapprocher du seuil de renouvellement. Seule l’Afrique continue à avoir une fécondité élevée, mais celle-ci diminue rapidement (4,64 contre 6,07 à la fin des années 1980). Selon le démographe Gilles Pison, il est très difficile de prévoir le comportement de ces continents une fois leur transition démographique achevée. La fécondité pourrait aussi bien s’y stabiliser au niveau du seuil de renouvellement que se fixer durablement en dessous. Alors, écrit-il dans son Atlas de la population mondiale,

si la famille de très petite taille devient un modèle se répandant dans l’ensemble du monde de façon durable, avec une fécondité moyenne en dessous de deux enfants par femme, la population mondiale, après avoir atteint un maximum de 9 milliards d’habitants, diminuerait inexorablement jusqu’à l’extinction à terme.

Faut-il faire moins d’enfants pour sauver la planète ?

Pas forcément. Nous sommes aujourd’hui 7 milliards d’habitants et finirons le siècle entre 9 et 10 milliards, suivant les estimations. Pourra-t-on nourrir tout le monde ? Oui, selon l’étude Agrimonde, publiée début 2011 par l’Inra et le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement). Il sera même possible de le faire dans le respect de l’environnement, à trois conditions : ne pas généraliser le modèle alimentaire des pays industrialisés (25 % de gaspillage dans les pays de l’OCDE), faire le choix d’une agriculture productive et écologique, et sécuriser les échanges internationaux de produits agroalimentaires. Mais au-delà de la question de la nourriture, il existe un problème écologique.

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Constat guère réjouissant, mais espoir tout de même, mardi au Tribunal pour les générations futures. Procureur, accusés ...

Le think tank américain Global Footprint Network calcule chaque année la date à laquelle nous avons consommé l’équivalent des ressources naturelles que peut générer la Terre en un an sans compromettre leur renouvellement. En 2011, le couperet est tombé le 27 septembre, contre début novembre en 2000. À ce rythme, l’humanité aura besoin de deux planètes par an en 2030, d’après un rapport du WWF paru en 2010. Il faut donc soit stopper l’accroissement démographique, soit consommer différemment ou moins. « Il faut se limiter à deux enfants dans les pays occidentaux », considère Denis Garnier, président de l’association Démographie Responsable (qui promeut aussi la contraception et l’éducation des femmes dans les pays en développement). Ce n’est pourtant pas ce genre d’autolimitation qui changera quoi que ce soit au final, vu le déjà très faible niveau de fécondité en Occident. Comme l’écrit Gilles Pison,

la survie de l’espèce humaine dépend sans doute moins du nombre des hommes que de leur mode de vie.

Une démographie déprimée est-elle le signe d’une société déprimée ?

Oui. Dans son essai La Fin de l’humanité, le philosophe Christian Godin établit un lien entre la faiblesse de la natalité dans les sociétés occidentales et leur déprime supposée. Si la part de sujets cliniquement dépressifs en Europe reste modérée (6,9 % de la population en 2011, d’après une étude du Collège européen de neuropsychopharmacologie), la morosité semble bien plus répandue : selon une étude BVA de janvier 2011, seuls 26 % des Européens de l’Ouest estimaient que l’année à venir serait meilleure que celle passée, contre 63 % de la population des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 43 % des habitants de la planète. Or, faire des enfants suppose d’avoir confiance en l’avenir. Il faut aimer le monde pour vouloir le peupler , estime ainsi Christian Godin. Une partie des militants Childfree (défenseurs de la non-parentalité) revendiquent ouvertement le pessimisme.

Naître est une aventure pénible, la Terre est quand même plutôt inaccueillante,

juge Théophile de Giraud, qui s’inscrit dans la continuité de Calderón (Le plus grand crime de l’homme, c’est d’être né ») et Cioran (« La véritable, l’unique malchance : celle de voir le jour “).

Est-il Égoïste de ne pas vouloir d’enfants ?

Oui et non. ” Faire des enfants implique des sacrifices considérables, personnels et professionnels , souligne Corinne Maier, en connaissance de cause. « Narcissisme », rétorque Christian Godin :

Désormais, chaque individu vit son existence comme s’il voulait dire : je suis content d’être le dernier homme, la dernière femme. Même si le monde devait s’arrêter après moi, (…) au moins j’aurai été consommateur de ma vie.

Mais pour les Childfree, l’argument de l’égoïsme ne tient pas, comme l’explique Kristen Bossert, porte-parole de la communauté No Kidding!, qui organise toutes sortes d’activités pour les non-parents aux États-Unis : « Quand je demande à des gens pourquoi ils font des enfants, ils me répondent “pour qu’ils prennent soin de moi quand je serai vieux” ou encore “pour transmettre le nom de notre famille”. Ce sont des raisons très égoïstes. » Conclusion de Magenta Baribeau, auteur d’un documentaire sur les Childfree : « Parents, non-parents, tout le monde est égoïste, la question ne se pose donc pas ! »


Article à retrouver dans la nouvelle formule d’Usbek & Rica, en kiosque le 25 janvier !

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Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra http://owni.fr/2012/01/18/lextinction-de-lespece-humaine-apres-2050/ http://owni.fr/2012/01/18/lextinction-de-lespece-humaine-apres-2050/#comments Wed, 18 Jan 2012 11:06:23 +0000 Fabien Soyez http://owni.fr/?p=94469

Hier, l’INSEE communiquait ses derniers relevés de la population française, mettant en évidence une croissance de dix millions d’âmes en trente ans. Projetés sur une très longue période, ces résultats s’avèrent dérisoires. C’est l’un des constats qui s’imposaient hier soir à la Gaité Lyrique, à Paris, lors du troisième “Tribunal pour les générations futures” consacré à la démographie mondiale et à la place de l’homme sur Terre vers 2050. Un procès-spectacle organisé par nos amis du magazine Usbek & Rica.

Comme dans tout bon procès, la parole est à l’expert, place à l’objectivité. Gilles Pison, démographe à l’INED, est appelé à la barre. Chiffres sous le coude, il illustre une “situation exceptionnelle” :

Pour parler du futur, nous devons remonter le passé, 2000 ans en arrière. Nous étions alors 250 millions d’habitants. La population n’a pratiquement pas augmenté, jusqu’en 1800. Entre 1927 et 2012, brusquement, les chiffres ont grimpé en flèche.

À titre d’exemple, entre 1800 et 2000, la population Européenne a été multipliée par quatre. Comme le rappelle l’expert, “quatre bébés naissent par seconde. Comme deux personnes meurent aussi par seconde, cela fait deux personnes en plus chaque seconde.” Et d’expliquer pourquoi ce changement si soudain, à partir du XIXe siècle :

Autrefois, les familles faisaient six enfants en moyenne, mais la moitié mourrait en bas âge, la population n’augmentait donc pas. Avec le progrès technique, la découverte des vaccins, la mortalité des enfants a baissé et un excédent des naissances sur les décès est apparu (…) Les gens se sont rendu compte que les enfants avaient un coût, alors ils ont limité les naissances à deux enfants par couple.

Un nouvel équilibre est alors apparu, en Europe, en Amérique et en Asie. Seule l’Afrique connaît une transition démographique “un peu plus tardive”, mais d’après Gilles Pison, “elle finira elle aussi par rejoindre l’équilibre.”

L’expert nommé par le “Tribunal pour les générations futures” passe maintenant la population humaine dans le simulateur de l’INED et expose les différents scénarios imaginés par les Nations Unies. D’abord, celui de l’extinction, causée par le modèle des familles de très petite taille :

Si les pays en voie de développement copient les pays où la transition démographique est achevée et font moins de deux enfants par femme, de façon durable, la population mondiale, après avoir atteint un maximum de 9 milliards d’habitants, diminuera inexorablement jusqu’à l’extinction à terme.

Passé le scénario “irréaliste” d’un niveau de fécondité constant, où la population atteindrait 134.000 milliards en 2300, Gilles Pison en arrive au scénario “moyen”, celui du retour à l’équilibre, avec une fécondité stabilisée à deux enfants par femme, assez pour assurer le remplacement des générations :

En 2050, la population mondiale atteindrait les neuf milliards et se stabiliserait à ce chiffre. Mais ce scénario ne fait qu’indiquer le chemin si l’on veut que l’espèce ne disparaisse pas. La fécondité baisse partout sur la planète sans qu’il y ait besoin d’imposer le contrôle des naissances. Ce n’est pas la question du nombre des hommes que l’on doit se poser, mais plutôt celle de la façon dont ils vivent. Sommes-nous trop nombreux, ou consommons nous trop ? Ce sera mon dernier mot.

Quittant la barre, l’expert est vite remplacé par le premier accusé. La parole est à Didier Barthès, de l’association écologiste Démographie Responsable. Face à “l’explosion démographique”, l’accusé fait le pari que “la question écologique sera au coeur des préoccupations futures, ou alors le monde deviendra invivable, sans forêt, sans animaux… En fait, nous n’avons pas le choix !” A Démographie Responsable, on milite pour un contrôle des naissances. Didier Barthès s’insurge contre la croisade faite contre les “malthusiens” :

On nous traite de tous les noms, fascistes, eugénistes, antihumains, même. Jamais nous n’avons prôné une quelconque sélection, et on ne propose pas de tuer les gens ! Nous vivons une époque exceptionnelle, nous n’avons jamais été aussi nombreux et ça ne durera pas. “Croissez et multipliez”, c’est une belle phrase, mais qui a été écrite il y a 2000 ans, dans un monde où il n’y avait que 200 millions d’habitants.

Comment éviter le cataclysme ? Pour l’accusé, “on peut changer notre consommation d’énergie, recycler, ça ne changera rien au fait que nous grignotons la planète en consommant de l’espace !” Une consommation qui se traduit par une élimination du reste du vivant :

En 110 ans, nous avons éliminé 97 % des tigres. Voulons-nous d’un monde en bitume, sans vie ? L’humanisme, c’est avant tout ne pas détruire le reste du vivant, tout en assurant la durabilité des sociétés.

En guise de conclusion, Didier Barthès propose de limiter les naissances à deux enfants par femme dans les pays occidentaux. “Si nous redescendons vers une évolution plus douce, si nous allons vers une modestie démographique, nous éviterons l’extinction qui nous guette.”

Sur ces paroles qui résonnent lourdement dans le tribunal, Théophile de Giraud, écrivain et inventeur de la Fête des Non-Parents, fait une entrée fracassante. L’accusé, auteur d’un manifeste antinataliste, s’avance, pose sur le pupitre un biberon rempli de bière. Il sort un pistolet factice, et commence lentement à se déshabiller : “Il faut regarder les choses en face, la vérité est nue !”

Au-delà du show, l’accusé n’oublie pas son discours. Et se met à citer Marguerite Yourcenar, qui répondait à Matthieu Galey, dans Les Yeux ouverts :

L’explosion démographique transforme l’homme en habitant d’une termitière et prépare toutes les guerres futures, la destruction de la planète causée par la pollution de l’air et de l’eau.

Théophile de Giraud est accusé par le procureur Thierry Keller de “haïr l’humain”. Non, répond l’accusé, dans sa nudité originelle : “On ne questionne pas le désir d’enfant, avons-nous le droit de mettre un enfant au monde, et si oui, sous quelles conditions ?” L’écrivain s’attaque au concept de décroissance.

La décroissance économique est impossible, les pays en voie de développement veulent nous rejoindre et ces gens ont le droit de connaître notre confort. Mais la décroissance démographique, c’est possible ! Vive le dénatalisme ! Laissons les femmes choisir, elles préfèrent la qualité à la quantité.

Le plaidoirie de l’accusé a de quoi surprendre : “La planète est plus que trop “surpollupeuplée” ! Cela n’a rien à voir avec le progrès ou le mode de vie, on a l’exemple de civilisations sans technologie qui se sont effondrées, comme l’Île de Paques. Le problème, c’est la quantité de population sur un territoire donné. Nous agonisons sous le poids du nombre !” En brandissant son arme factice, l’accusé conclut :

La natalité est un crime contre l’humanité, vos enfants connaîtront les guerres pour l’accès aux dernières ressources disponibles… Si vous aimez vos enfants, ne les mettez pas au monde !

C’est au tour du procureur de parler. Thierry Keller est rédacteur en chef du magazine Ubsbek & Rica. Dans son dernier numéro, le journaliste reprend la théorie de Christian Godin, philosophe, qui affirme que l’humanité s’éteindra d’elle-même. Cela se passera autour de l’année 2400.

Il n’y aura pas besoin de faire la guerre, nous disparaîtrons par manque de motivation. Cette fameuse explosion démographique, c’est en réalité un mouvement vers la décélération démographique, puis l’extinction. Sommes-nous trop nombreux ? En fait, nous aurions dû poser la question autrement : serons-nous assez nombreux demain ?

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Si en seulement 50 ans, nous sommes passés de trois à six milliards d’individus, les taux de fécondité s’effondrent. En Russie, 142 millions d’âmes, la population descendra à 110 000 en 2100, selon la simulation de l’ONU. Au Maroc, elle passera de 31 millions aujourd’hui à 39 millions en 2050, mais chutera jusqu’à 33 000 habitants en 2200. Scénario digne du roman Les Fils de l’homme, de P.D. James.

Pourquoi cette baisse de fécondité ? Parce que, par peur du lendemain, par hédonisme, nous n’avons plus envie. L’enfant encombre, on pense à aujourd’hui avant demain. Nous ne pouvons pas disparaitre ainsi, avant d’avoir résolu certaines énigmes, d’où nous venons, où nous allons. L’aventure humaine ne doit pas se terminer !

Défenseur de la natalité, Thierry Keller s’adresse alors au jury, quatre personnes tirées au sort parmi le public : “Nous avons encore des choses à faire sur Terre. Jury, vous incarnez les générations futures, je vous demande ce soir de voter non à la question “sommes-nous trop nombreux ?””

Réponse unanime du jury : le non l’emporte. Les accusés, les antinatalistes, sont donc jugés coupables. En apparence, du moins. Se détachant du groupe de jurés, Mathilde, 23 ans, explique son vote :

On devait choisir si oui ou non nous étions trop nombreux sur Terre… Ma réponse, c’était ni oui ni non, je trouve ce choix, entre vivre dans un monde pourri ou s’éteindre doucement, trop manichéen. Les deux solutions sont trop extrêmes.

La jeune graphiste se range “volontiers du côté de l’expert, qui est resté objectif. J’attends de voir, il doit bien exister un juste milieu.” Comme pour lui faire écho, Gilles Pison, en sortant du tribunal, lance :

Le modèle humain n’est pas celui des mouches qui vivent dans un bocal. La population évolue de l’intérieur, c’est avant tout une question de choix. A long terme, notre survie dépendra plus de nos comportements, de notre consommation des ressources, que de notre contrôle des naissances.

Illustration : Nils Glöt pour Usbek & Rica
Photos : Ophelia Noor pour Owni /-)

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Terriens à la barre http://owni.fr/2012/01/17/terriens-a-la-barre/ http://owni.fr/2012/01/17/terriens-a-la-barre/#comments Tue, 17 Jan 2012 14:09:13 +0000 Fabien Soyez http://owni.fr/?p=94261

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Après 2050 l’espèce humaine s’éteindra

Constat guère réjouissant, mais espoir tout de même, mardi au Tribunal pour les générations futures. Procureur, accusés ...


Nos amis de l’excellent Usbek & Rica,le magazine qui raconte le présent et explore le futur, organisaient ce mardi soir à la Gaité Lyrique à Paris le “Tribunal des générations futures”. Après l’immortalité, la fermeture des prisons et la fin du vote, c’était au tour de la natalité et de la surpopulation mondiale de faire l’objet de cette conférence spectacle en forme de procès. Procureur, accusés… chacun a affirmé un point de vue différent.

Sur le banc des accusés, les anti-natalistes. Accusés de haine contre l’humanité, ils défendent la thèse d’une explosion démographique. Une peur irraisonnée, qui frappait déjà en leur temps, Aristote, Platon, puis l’économiste britannique Malthus, à la fin du 18e siècle. Didier Barthès, responsable de l’association écologiste Démographie Responsable, les représente. Il est accusé de militer pour la “stabilisation, voire une diminution de la population humaine”, et de vouloir réhabiliter Malthus, le pionnier du contrôle des naissances. Voici l’extrait édifiant d’un billet posté par ledit accusé sur son blog :

Le pasteur anglais est l’un des premiers à avoir compris la finitude du monde. A terme, la croissance de la population l’emporterait sur celle des ressources, conduisant le monde aux famines et aux désordres afférents. Il est de bon ton de rappeler avec condescendance que Malthus se serait trompé. Il n’aurait pas pris la juste mesure du progrès technique et en aurait sous estimé les conséquences. Il faut être conscient que le progrès technique nous a permis d’accéder plus vite aux ressources fossiles que la nature avait mis plusieurs dizaines de millions d’années à constituer. Il nous a permis de consommer plus rapidement le capital de la planète. A l’épuisement prochain de ces réserves, la prédiction malthusienne retrouvera toute sa force.

Didier Barthès est inculpé d’avoir proposé de limiter les naissances à deux enfants par femme dans les pays occidentaux. A ses côtés, Théophile de Giraud, écrivain et inventeur en 2009 de laFête des Non-Parents. Ce dernier est l’auteur d’un manifeste antinataliste, “L’Art de guillotiner les procréateurs“, dont nous produisons ici un extrait accablant pour l’accusé :

On pourra faire remarquer que l’espèce humaine n’existait pas voici un milliard d’années et que personne ne s’en plaignait… Imaginons à présent que notre espèce disparaisse bel et bien, qui donc demeurera-t-il pour s’en plaindre ? Le dernier des hommes ? Non, non, celui-là aussi aura disparu ; alors quelle voix humaine gémira-t-elle sur l’évaporation du plus féroce de tous les prédateurs ? Qui regrettera que l’embranchement des primates, qui n’a encore jamais cessé de se faire la guerre et de s’entretuer depuis qu’il s’est (un peu, ô si peu) différencié des autres singes, ait tout à coup cessé d’exister ? Les animaux que nous passons notre temps à exploiter, maltraiter, torturer, emprisonner et génocider ? Certes non.

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Thierry Keller, rédacteur en chef d’Usbek & Rica sera le procureur de ce procès. Il rappelle que selon l’expert Gilles Pison, démographe à l’INED, la population mondiale se stabilisera d’ici à 2100 aux alentours de 10 milliards d’individus, et que les chiffres sont parfois trompeurs. Christian Godin, philosophe, a ainsi affirmé quel l’humanité s’éteindra d’elle-même, vers 2400, par “désintérêt de soi, par désinvestissement de soi”.

Si en seulement 50 ans, nous sommes passés de trois à six milliards d’individus, les taux de fécondité s’effondrent. La Chine, qui frôle les 1,4 milliards d’habitants, deviendra dans 40 ans “un pays de vieux“, en raison de sa politique de l’enfant unique. D’où, lance le procureur, la nécessité de faire des enfants au lieu de contrôler les naissances. Christian Godin affirme :

Il n’y aura pas de stabilisation mais un déclin inexorable, jusqu’à l’extinction démographique. Regardons l’exemple des pays occidentaux : on parle sans cesse de la France comme “championne d’Europe de la natalité”. Mais si on regarde de plus près, on s’aperçoit qu’elle n’arrive même pas au seuil qui permettrait le renouvellement des générations.

Aux arguments des écologistes et autres malthusiens, les humanistes représentant les générations futures répondent qu’avec la densité de Paris, on pourrait loger 7 milliards de personnes sur un territoire équivalent aux deux tiers de la France. Pourquoi parle-t-on de surpopulation, si les taux de natalité s’écroulent partout dans le monde ? Sommes-nous vraiment trop nombreux sur Terre ? Les éléments de l’accusation portée contre Didier Barthes et Théophile de Giraud sont de nature morale. Les inculpés sont accusés de ne pas avoir confiance en l’Homme et en son extraordinaire capacité à inventer et à s’adapter. Le procureur Keller affirme, dans Usbek & Rica :

Si l’espèce humaine est capable du pire, elle l’est aussi du meilleur. Chacun voit bien que nous sommes collectivement engagés dans un drôle de processus, qui doit nous mener tout droit à la grande catastrophe. Mais de par le monde se lèvent des individus qui refusent de se laisser emporter par le pessimisme. Ce sont ceux, et nous en faisons partie, qui se motivent pour écrire de nouvelles pages de l’Histoire. Peut-être est-ce de cela dont nous manquons le plus, après tout : de motivation pour continuer.

En conséquence, nous sommes d’avis que les anti-natalistes soient mis en jugement à la Gaieté Lyrique, ce soir à 19h. Un jury sera tiré au sort parmi le public et du débat naîtra (peut-être) la vérité.


D.A par © Almasty et visuel du bébé par ©Tofdru pour Usbek et Rica

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