OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Au front de la révolution du droit d’auteur ! http://owni.fr/2012/08/02/au-front-de-la-revolution-du-droit-dauteur/ http://owni.fr/2012/08/02/au-front-de-la-revolution-du-droit-dauteur/#comments Thu, 02 Aug 2012 09:56:04 +0000 Lionel Maurel (Calimaq) http://owni.fr/?p=117410

Le rejet d’ACTA par le Parlement européen, tout comme la mise en échec en début d’année de la loi SOPA aux États-Unis, obtenus grâce à une mobilisation citoyenne sans précédent, constituent à l’évidence deux grandes victoires. Mais leur portée reste limitée, car il s’agissait essentiellement de batailles défensives, menées par les défenseurs des libertés numériques et de la culture libre pour barrer la route à des projets liberticides.

Néanmoins, ces succès créent une opportunité politique pour passer de la défensive à l’offensive, en proposant une refonte globale du système du droit d’auteur et du financement de la création.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Dans cette perspective, la Quadrature du Net vient de publier un document de première importance, préparé par Philippe Aigrain et intitulé “Éléments pour la réforme du droit d’auteur et des politiques culturelles liées“. Il est disponible ici sur le site de la Quadrature, sur le blog de Philippe Aigrain et vous pouvez le télécharger en version pdf également.

Articulé en 14 points représentés sur le schéma ci-dessous, ce texte couvre de nombreuses problématiques liées à la question de la création dans l’environnement numérique, aussi bien dans sa dimension juridique qu’économique et technique.

Légalisation du partage non-marchand entre individus

La clé de voûte de ce projet consiste à légaliser le partage non-marchand entre individus d’œuvres protégées, considéré comme une pratique légitime et utile pour la vie culturelle et la création. La légalisation du partage s’opère par le biais d’une extension de la théorie de l’épuisement des droits, qui nous permettait déjà d’échanger ou de donner des supports d’œuvres protégées dans l’environnement matériel (livres, CD, DVD, etc) :

L’approche alternative consiste à partir des activités qui justifiaient l’épuisement des droits pour les œuvres sur support (prêter, donner, échanger, faire circuler, en bref partager) et de se demander quelle place leur donner dans l’espace numérique. Nous devons alors reconnaître le nouveau potentiel offert par le numérique pour ces activités, et le fait que ce potentiel dépend entièrement de la possession d’une copie et de la capacité à la multiplier par la mise à disposition ou la transmission.

L’épuisement des droits va ainsi être défini de façon à la fois plus ouverte et plus restrictive que pour les œuvres sur support. Plus ouverte parce qu’il inclut le droit de reproduction, plus restrictive parce qu’on peut le restreindre aux activités non marchandes des individus sans porter atteinte à ses bénéfices culturels.

Ce versant juridique de la légalisation du partage s’accompagne d’un versant économique, dans la mesure où cette extension de l’épuisement du droit d’auteur va de pair avec la création de nouveaux droits sociaux à la rémunération pour ceux qui contribuent à la création.

Contribution créatrice

Cet aspect des propositions de Phillipe Aigrain est particulièrement intéressant et il recoupe les modèles que l’auteur avait déjà exposé dans son ouvrage Sharing : Culture and The Economy in The Internet Age. En lieu et place de la licence globale, modèle alternatif de financement décrié à la fois par les représentants des industries culturelles et ceux de la Culture libre, le document propose plusieurs pistes de financement, dont la principale consiste en la mise en place d’une contribution créative, constituée par un prélèvement forfaitaire par foyer connecté à Internet.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

D’autres mécanismes économiques sont envisagés comme le financement participatif en amont de la création (crowdfunding) ou encore le revenu minimum d’existence inconditionnel. Par ailleurs, des propositions complémentaires visent à réformer en profondeur la gestion collective, les financements publics culturels et la fiscalité du numérique.

Dépassant les aspects économiques, le document se penche également sur les conditions de possibilités techniques garantissant que les échanges puissent s’exercer librement dans un tel système, sans que des acteurs manœuvrent pour acquérir une position dominante par d’autres biais. La légalisation du partage se limite strictement aux échanges non marchands entre individus pour éviter le retour de monstruosités centralisant les fichiers et l’attention comme MegaUpload. Le document se prononce logiquement en faveur de la défense du principe de neutralité du Net, mais aussi pour l’interopérabilité et l’ouverture des appareils type smartphones ou tablettes, ainsi que pour la mise en place d’une taxation de la publicité en ligne qui évitera que des acteurs comme Google ou Facebook ne puissent dévoyer les mécanismes de l’économie de l’attention à leur profit.

La neutralité du Net en une image

Mais le document ne s’arrête pas là et il balaye tout un ensemble de problématiques qui me paraissent particulièrement importantes et qui ont beaucoup retenu mon attention sur S.I.Lex depuis des années. J’ai déjà écrit à plusieurs reprises (ici ou ) pour démontrer qu’il existe un lien direct entre la légalisation du partage non marchand et la défense des usages collectifs, ainsi qu’avec la place des institutions culturelles comme les bibliothèques dans l’accès à la culture et à la connaissance. J’ai aussi alerté à de nombreuses reprises sur le fait que le maintien de la guerre au partage, telle qu’elle se manifeste en France par exemple à travers le mécanisme de la riposte graduée instauré par la loi Hadopi, faisait peser sur les lieux d’accès publics à Internet de graves menaces (ici ou ).

Usages collectifs

Si le cœur du modèle de Philippe Aigrain porte sur les échanges entre individus, il est tout à fait sensible à l’importance des usages collectifs auxquels plusieurs points sont consacrés dans le document. On retrouve par exemple un point complet sur la nécessité de consacrer les pratiques éducatives et de recherche comme un véritable droit, par le biais d’une exception sans compensation.

Philippe Aigrain envisage également un rôle central dévolu aux bibliothèques en matière de diffusion des œuvres orphelines. Il prononce des critiques radicales à l’encontre des récentes lois sur le prix unique du livre numérique et sur la numérisation des livres indisponibles du XXe siècle auxquelles les bibliothécaires français se sont opposés. Il propose également de doter le domaine public d’un statut positif afin de le protéger contre les atteintes à son intégrité, ainsi que de renforcer la dynamique de mise en partage des œuvres par le biais des licences libres.

Par ailleurs, Silvère Mercier et moi-même avons eu le grand honneur d’être invités à contribuer à ce document pour la partie intitulée “Liberté des usages collectifs non marchands” que je recopie ci-dessous :

A côté des usages non marchands entre individus, il existe des usages collectifs non marchands, qui jouent un rôle essentiel pour l’accès à la connaissance et pour la vie culturelle, notamment dans le cadre de l’activité d’établissements comme les bibliothèques, les musées ou les archives. Ces usages recouvrent la représentation gratuite d’œuvres protégées dans des lieux accessibles au public ; l’usage d’œuvres protégées en ligne par des personnes morales sans but lucratif ; la fourniture de moyens de reproduction à des usagers par des institutions hors cadre commercial ; et l’accès à des ressources numérisées détenues par les bibliothèques et archives.

A l’heure actuelle, ces usages collectifs s’exercent dans des cadres juridiques contraints, hétérogènes et inadaptés aux pratiques. Le préjugé selon lequel, dans l’environnement numérique, les usages collectifs nuiraient aux ventes aux particuliers ouvre un risque non négligeable que les titulaires de droits utilisent leurs prérogatives pour priver les bibliothèques de la possibilité de fournir des contenus numériques à leurs usagers. Dans un contexte où les échanges non marchands entre individus seraient légalisés, il serait pourtant paradoxal que les usages collectifs ne soient pas garantis et étendus.

A cette fin, les mesures suivantes doivent être mises en place :

  • Représentation sans finalité commerciale d’œuvres protégées dans des lieux accessibles au public : création d’une exception sans compensation, en transformant l’exception de représentation gratuite dans le cercle familial en une exception de représentation en public, hors-cadre commercial.
  • Usages en ligne non marchands d’œuvres protégées : les personnes morales agissant sans but lucratif doivent pouvoir bénéficier des mêmes possibilités que celles consacrées au profit des individus dans le cadre des échanges non marchands.
  • Fourniture de moyens de reproduction, y compris numériques, par des établissements accessibles au public à leurs usagers : ces usages doivent être assimilés à des copies privées, y compris en cas de transmission des reproductions à distance.

Enfin se pose la question importante du rôle des bibliothèques dans la mise à disposition (hors prêt de dispositifs de lecture) de versions numériques des œuvres sous droits et non-orphelines. Tout un éventail de solutions est envisageable depuis la situation où les bibliothèques deviendraient la source d’une copie de référence numérique de ces œuvres accessible à tous jusqu’à une exception pour leur communication donnant lieu à compensation.

Nouvelles taxes

À tous les bibliothécaires engagés et plus largement à tous les professionnels du secteur de l’information-documentation qui se sentent concernés par ces questions, je voudrais dire qu’il est temps à présent de régénérer les principes de notre action pour embrasser une vision plus large que celle qui a prévalu jusqu’à présent, notamment dans le cadre de l’action de l’IABD.

Il n’est plus possible aujourd’hui de soutenir que les bibliothèques ne sont pas concernées par la question de la légalisation du partage non marchand. Il n’est pas possible non plus de continuer à se battre sur des sujets périphériques, comme les exceptions au droit d’auteur, sans s’associer à une refonte en profondeur du système de la propriété intellectuelle. Ces tactiques se cantonnent à l’écume des choses et elles manquent l’essentiel. Elles ont hélas conduit à des défaites tragiques, comme ce fut le cas avec la loi sur la numérisation des livres indisponibles. Il n’est plus question d’obtenir simplement un rééquilibrage du droit d’auteur dans l’environnement numérique, mais bien de le refonder à partir d’autres principes !

Les propositions qui figurent dans ce document doivent être défendues et portées au plus haut niveau lors de la consultation à venir sur l’acte II de l’exception culturelle, qui sera conduite dans le cadre de la mission Lescure. Les lobbies des industries culturelles sont déjà lourdement intervenus en amont afin que les questions essentielles ne soient pas posées lors de cette consultation. Les choses semblent courues d’avance et j’ai  déjà eu l’occasion de dénoncer le fait que l’on cherchera certainement à nous faire avaler la mise en place de véritables gabelles numériques. On voudra instaurer de nouvelles taxes sans consécration de droits au profit des usagers et sans même remettre en cause de la logique répressive qui est au cœur de la loi Hadopi !

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Tous ceux qui s’intéressent aux libertés numériques et à l’avenir de la création sur Internet devraient s’emparer de ces propositions et les porter à l’attention des pouvoirs publics. Et il me semble que les auteurs et les créateurs devraient être les premiers à le faire.

Ils sont en effet de plus en plus nombreux à prendre conscience que le droit d’auteur a dérivé vers un système de rentes au profit d’intermédiaires qui ne sont plus à même de leur garantir les moyens de créer, ni même de vivre dignement. Les propositions de Philippe Aigrain sont essentiellement tournées vers les auteurs.  Le point n°7 porte par exemple sur la refonte des contrats d’édition, afin que les éditeurs ne soient plus en mesure de s’accaparer les droits numériques à leur profit, sans reverser une rémunération décente aux auteurs.

Une économie du partage

Plus largement, la contribution créative constitue une des seules pistes réalistes pour dégager les sommes suffisantes à la rémunération des créateurs, en sortant de la spirale infernale de la guerre au partage les dressant contre leur public. Elle vise à créer une véritable économie du partage, dont les créateurs seraient de nouveau les premiers bénéficiaires. Par ailleurs, l’une des vertus fortes de ce modèle, c’est d’envisager de rémunérer non seulement les auteurs professionnels, mais aussi la multitude des créateurs amateurs qui contribuent aujourd’hui sur Internet de manière déterminante à la vie de la culture et des idées.

La parole pour finir à Philippe Aigrain :

Le numérique porte la promesse de capacités culturelles accrues pour chacun, d’une nouvelle ère où les activités créatives et expressives sont au cœur même de nos sociétés. Dans un contexte souvent hostile, cette promesse montre chaque jour qu’elle est solide. Dans de nombreux domaines, la culture numérique est le laboratoire vivant de la création. Elle donne lieu à de nouveaux processus sociaux et permet le partage de ses produits. De nouvelles synergies se développent entre d’une part, les activités et la socialité numérique et, d’autre part les créations physiques et interactions sociales hors numérique. L’objectif d’une réforme raisonnable du droit d’auteur / copyright et des politiques culturelles ou des médias est de créer un meilleur environnement pour la réalisation de cette promesse. Comme toujours, il y a deux volets : arrêter de nuire au développement de la culture numérique et, si possible, la servir utilement.

En ce qui me concerne, j’ai trouvé dans ce programme une cause porteuse de sens que je veux servir et qui vaut la peine que l’on se batte pour elle de toutes ses forces! Je le ferai en tant que citoyen, en tant que juriste, en tant qu’auteur numérique, mais aussi et surtout comme le bibliothécaire que je suis, attaché viscéralement à la diffusion du savoir et à la défense des biens communs !

Billet initialement publié sur le blog de Calimaq :: S.I.Lex :: sous le titre “Réforme du droit d’auteur et financement de la création : il est temps de passer à l’offensive !”

Image CC Flickr PaternitéPartage selon les Conditions Initiales Certains droits réservés par Kalexanderson

Retrouvez toutes les chroniques juridiques de Calimaq publiées chaque semaine sur Owni

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Made in ma bibliothèque http://owni.fr/2012/07/10/made-in-my-bibliotheque/ http://owni.fr/2012/07/10/made-in-my-bibliotheque/#comments Tue, 10 Jul 2012 09:47:33 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=115778

Entrailles de MakerBot par Bre Pettis -cc-

Début juillet, la bibliothèque de la petite ville de Westport aux États-Unis a inauguré un nouvel espace. De nouveaux fauteuils plus confortables ? Non, un makerspace, ces lieux où les gens fabriquent des objets.  Quelques mois plus tôt, la Fayetteville Free Library (FFL) avait, la première, entamé ce projet, avec son fabulous laboratory, un clin d’œil aux fabrication laboratories du MIT, un concept similaire mais avec des contraintes.

Ces deux initiatives augurent d’une évolution du rôle des bibliothèques. Après avoir facilité l’accès à Internet et aux outils médiatiques, elles se mettent à accompagner leurs publics dans leurs envies de création. En mai, un symposium intitulé de façon éloquente “Made in a Library” y a même été consacré, à l’initiative de l’Online Computer Library Center (OCLC) et  du Library Journal. Genèse de cette mue par Lauren Britton Smedley, “directrice du développement translittéraire” (sic), à l’origine de l’idée :

J’ai d’abord appris sur l’impression 3D dans un cours intitulé “innovation dans les bibliothèques publiques” à l’université de Syracuse, où je travaillais mon master en sciences de l’information et des bibliothèques. J’ai écrit un projet de fab lab ou de makerspace dans une bibliothèque publique… Sue Considine (la directrice exécutive de la FFL, NDLR) a aimé l’idée et m’a embauchée pour la mettre en œuvre à la FFL.

Les bibliothèques publiques sont là pour fournir un accès libre et ouvert à l’information, aux technologies et aux idées. Construire un makerspace (ce que nous appelons un Fabulous Laboratory) à la FFL offrira à notre communauté la possibilité d’avoir un accès à cette technologie qui change le monde.

Aider les usagers à créer

20 commandements pour une société autofabriquée

20 commandements pour une société autofabriquée

Pour accompagner la révolution des FabLabs, permettant à chacun de produire des objets grâce à des imprimantes 3D et ...

La technologie en question, c’est la fabrication numérique, ce processus par lequel on transforme des plans conçus sur un ordinateur en des objets bien tangibles, en s’aidant de machines-outils assistées par ordinateur : imprimante 3D, fraiseuse, découpe laser, etc. Celle qui démultiplie les possibilités offertes par la bidouille, le DIY (Do It Yourself). C’est le “from bits to atom” (des bits aux atomes), que certains considèrent comme la prochaine révolution industrielle.

Une révolution qui touche aussi les individus dans leur capacité à créer en fonction de leurs envies, grâce à la démocratisation des outils et à la puissance (potentielle) de partage et d’entraide d’Internet. Aux États-Unis, c’est un véritable phénomène de société, incarnée par le mouvement des makers, qui exalte l’inventivité personnelle. Maxine Bleiweis, le directeur de la bibliothèque de Westport, est fier que son établissement monte en pionnier dans ce train  :

C’est une tendance nationale que vous allez voir balayer le pays et vous voyez ici un de ses tout premiers lieux.

Le lieu du fablab de Fayetteville encore en travaux en janvier 2012 -cc-Theron Trowbridge

Cette révolution s’effectue en douceur dans les makerspaces, hackerspaces, fab labs et autres techshops, en plein essor depuis quelques années. Les ponts se sont créés, naturellement, détaille Lauren Britton :

Je travaille et j’échange avec beaucoup de makerspaces à travers le pays. Et aussi quelques hackerspaces. Par exemple, Bre Pettis, de NYCResistor, un des créateurs de la MakerBot (un modèle d’imprimante 3D grand public open source très populaire, NDLR). Nous avons eu beaucoup de conversations sur ce qui trouve sa place dans un makerspace de ce type.

Et d’autres gens des makerspaces de Detroit, et j’ai beaucoup lu dessus… Il faut à la fois répondre aux besoins de la communauté et toucher les gens qui ont fait cela avant.

Service public et €€

Aux États-Unis, cette implémentation se justifie d’autant plus que lesdits espaces ont souvent un accès (cher) payant, contrairement à la France, alors que les bibliothèques publiques offrent leurs services pour un abonnement modique. Toutefois, le concept n’est pas dénué de considérations entrepreneuriales. À la FFL, le fab lab côtoiera… un centre d’affaires. Le tout forme un “creation lab” dévoilé fin juin, qui soulève certaines espérances si l’on en croit le montant de la bourse accordée par le sénateur de l’État de New York : 250 000 dollars. Les entrepreneurs du coin pourront donc venir, gratuitement aussi pour le moment et dans la mesure du possible, le business model n’étant pas fixé.

Cette fonction d’incubateur de start-up est devenue classique dans ce type d’espace. Elle remonte en fait à la belle époque des hackers de hardware. Comme le rappelait Dale Dougherty, le héraut de la communauté des makers, Apple est né dans un club d’informatique qui préfigurait les hackerspaces, le célèbre Homebrew Computer Club.

À en juger les nombreuses sollicitations reçues par Lauren Britton Smedley, les makerspaces devraient fleurir dans les bibliothèques américaines. En revanche en France, il faudra attendre un peu. Apparemment, seule la médiathèque de Toulouse a fait un pas dans ce sens. Fin juin, le temps d’une journée spéciale, le fab lab Artilect et le hackerspace Tetalab avaient posé leurs imprimantes 3D.  Avec un certain succès.


Photos de la Fayetteville Free Library par Theron Trowbridge (cc-bync) et entrailles de la MakerBot par Bre Pettis (cc-bync)

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Le livre numérique cherche ses bibliothèques http://owni.fr/2012/01/03/le-pret-numerique-cherche-sa-place-sur-letagere/ http://owni.fr/2012/01/03/le-pret-numerique-cherche-sa-place-sur-letagere/#comments Tue, 03 Jan 2012 16:47:34 +0000 Bibliobsession http://owni.fr/?p=92288

En 2012 il reste une idée reçue gênante : un livre emprunté dans une bibliothèque est soi-disant un livre qui n’est pas acheté. Que l’on ajoute numérique et l’idée reçue est toujours là, empoisonnant les relations entre éditeurs et bibliothécaires.

Dans l’article “Les bibliothèques pourront-elles être le freemium de l’édition?”, je soulignais l’importance de réinsérer les bibliothèques dans la chaîne de valeur de l’édition, de manière explicite, partant de l’idée qu’il faut nous rendre nécessaires dans un monde d’abondance des données et que les emprunteurs de livres dans les bibliothèques sont aussi acheteurs. C’est ce qu’a commencé à faire la New York Public Library avec Librarybin :

“Un bouton “acheter” a été mis en place dans l’application de prêt, pour rediriger vers le site de l’éditeur. Le programme LibraryBin par Overdrive propose aux usagers que chaque achat de fichier permette de soutenir (sous forme de don financier) les bibliothèques partenaires du programme.”

Bien sûr, cela soulève de nombreuses questions sur le rôle des bibliothèques. Parmi ces questions, celle de leur place dans l’économie de marché. Eric Hellman du blog Go to Hellman publie un retour d’expérience de la Douglas County Library sur l’ajout d’un bouton d’achat pointant vers Amazon ET un libraire local faisant de la vente en ligne de livres. Attention on parle ici de livres et non pas de livres numériques. En onze jours, plus de 700 clics ont été enregistrés, dont 389 pour Amazon et 262 pour le libraire local. En extrapolant ces chiffres au pays, plus de 6 000 livres par jour seraient achetés soit plus de 2,1 millions de livres par an ! S’il semble un peu facile d’extrapoler ainsi, ces chiffres sont confirmés par une étude menée aux États-Unis relayée par cet article de INA global :

Une étude publiée en octobre 2011 par le Library Journal met en évidence la valeur que représentent les bibliothèques pour le monde de l’édition. L’étude rassemble des données et des enquêtes collectées auprès des usagers des bibliothèques dans tout le pays. Elle affirme que les bibliothèques peuvent jouer un rôle prépondérant pour doper les ventes de livres, en adoptant une posture de partenaire – et non de menace – vis-à-vis des éditeurs.

“Nos données établissent que 50 % de l’ensemble des usagers des bibliothèques affirment acheter des livres écrits par un auteur qu’ils ont connu par le biais de la bibliothèque, déclare Rebecca Miller, rédactrice en chef du Library Journal. Voilà de quoi briser le mythe selon lequel quand une bibliothèque acquiert un livre, l’éditeur perd de potentielles ventes pour le futur ».

Bien sûr il s’agit des États-Unis, d’un contexte différent. On se demandera volontiers de ce côté-ci de l’Atlantique si c’est le rôle des bibliothèques de rendre ce lien économique explicite en ajoutant des boutons menant vers la vente de livres. Et pour cause, pour le livre imprimé, en France il existe depuis 2003 une loi encadrant le droit de prêt qui socialise le service d’emprunt des bibliothèques en compensant son impact sur le marché. J’avais noté la proximité de ce système avec les propositions de la licence globale. Pour le livre imprimé, pas besoin d’aller plus loin, me semble-t-il, dans un contexte français où bon nombre d’élus et de professionnels sont attachés (pour le meilleur comme pour le pire) à une frontière étanche entre le marchand et le non-marchand.

Soumission aux libres forces du marché

Pour le livre numérique en revanche, la situation est différente. Pourquoi ? Parce que les bibliothèques ne sont pas perçues et reconnues comme nécessaires pour accéder à des livres numériques aujourd’hui alors qu’elles représentaient avant Internet une alternative historiquement soutenue à ce titre par les pouvoirs publics pour le livre imprimé. Faute d’un soutien politique qui reconnaitrait l’intérêt général auquel peuvent répondre les bibliothèques dans l’accès au livre numérique, nous risquons d’être soumis aux libres forces du marché qui décideront de proposer une fenêtre d’accès à des contenus par les bibliothèques si les acteurs économiques y ont intérêt… ou pas.

En réalité, le marché français va certainement se dessiner par ce qui va se passer aux États-Unis dans les prochains mois (année ?). Si le prêt numérique s’impose véritablement et si les éditeurs (les big six) d’abord réticents suivent, alors on peut légitimement penser que ces offres finiront par arriver en Europe. Le succès des liseuses et notamment de celles d’Amazon plaide en ce sens et le précédent d’Apple a montré que les réticences françaises sont bien souvent des manières d’instaurer un rapport de force de nature à influencer la découpe des parts du gâteau de la distribution/diffusion numérique avec des acteurs qui disposent d’un écosystème touchant le client final. Que ferons-nous alors face à des offres très puissantes arrivant dans la poche du lecteur ?

L’exemple américain en repoussoir

Si notre objectif est de diffuser largement et massivement le livre numérique, faudra-t-il ici aussi non seulement se plier au prêt numérique (donc à des DRM chronodégradables à grande échelle) et en plus accepter qu’un tiers comme Amazon se positionne à ses conditions entre les éditeurs et les bibliothèques ? Dans l’état actuel, voici ce que des milliers de bibliothèques américaines ont accepté, et le diable est dans les détails. Récit de l’emprunt d’un livre numérique chez Amazon, c’est édifiant. Extrait traduit par Marlène:

Ma première expérience d’emprunt d’un ebook pour Kindle à la bibliothèque m’a laissé comme un mauvais goût dans la bouche. Ca ne donnait pas l’impression d’emprunter un livre à la bibliothèque. J’ai plutôt eu l’impression qu’un commercial m’avait proposé un ebook avec une “offre d’essai gratuite et sans engagement” et me harcelait pour l’acheter à la fin de la période d’essai.

Quand l’ebook est rendu, il ne s’évapore pas purement et simplement. Le titre, la couverture, etc, restent visibles sur mon Kindle, exactement comme si l’ebook était toujours disponible, sauf que derrière la couverture il n’y a rien d’autre qu’une notice qui signale que l’ebook a été rendu à la bibliothèque – et un juste bouton, qui ne nous propose pas de renouveler [le prêt]. La seule possibilité est d’acheter l’ebook chez Amazon. [...]

Autant je milite contre le contrôle des fichiers à l’unité et ces satanés DRM, provoquant ce genre de détestable expérience, autant je crois qu’un contrôle d’accès par l’abonnement avec des usages illimités dans une base globale est un modèle acceptable. Modèle que l’on pratique depuis des années dans les bibliothèques, sur lequel on peut construire, comme je l’avais esquissé dans cet article. Pour la musique, c’est d’ailleurs le modèle le plus intéressant en l’absence d’une licence légale publique. Avec le prêt numérique sauce Amazon on part de très loin : contrôle par fichier, monstrueuse notion d’exemplaire numérique, opacité de la gestion des données personnelles, dépendance…

L’appétit d’Amazon et les craintes de cannibalisation des éditeurs nous orientent pourtant vers ces solutions de “prêt numérique” qui font craindre que la conception parfaitement libérale de l’action publique s’exporte très vite des États-Unis où les bibliothécaires sont littéralement pris en étau :

L’American Library Association (ALA), association américaine représentant les bibliothèques, a condamné la décision de Penguin : selon elle, l’opposition entre les éditeurs et Amazon “rend les bibliothèques esclaves d’un conflit portant sur des modèles économiques” et ce sont les usagers des bibliothèques qui en pâtissent.

Une offre propre aux bibliothèques mais peu visible

La vraie question est : quelle marge de négociation entre des bibliothèques publiques et des géants comme Amazon ou Overdrive alors même qu’on peine en France à négocier avec des éditeurs et des fournisseurs de contenus numériques ?

Faut-il  donc plutôt promouvoir des offres propres aux bibliothèques comme c’est déjà le cas, au risque d’avoir une visibilité très faible dans un marché qui sera dominé par des écosystèmes propriétaires couplant catalogues de contenus et objets nomades ? J’insiste sur ce point. On peut légitimement penser que dans quelques années, ne pas être dans l’App Store ou dans le catalogue d’Amazon ou celui de Google sera équivalent à une disparition de la surface lisible du web pour les éditeurs comme pour les bibliothécaires et le service de prêt ou de médiation qu’ils prétendent fournir.

Quelles alternatives alors ? Vous remarquerez que j’exclus de fait les libraires qui n’ont ni la volonté ni les moyens de développer des offres adaptées aux besoins d’usages collectifs dans les bibliothèques. Des initiatives existent ça et là, en Espagne, aux Etats-Unis, au Québec en France aussi ! Peut-être même que l’évolution des liseuses vers des tablettes plus ouvertes que les écosystèmes verrouillés qu’on propose aujourd’hui”hui permettront à des offres/catalogues innovants de coexister dans des écosystèmes liés aux objets nomades, après tout Apple n’a pas censuré la présence d’un Spotify dans l’App Store… C’est une voie à ne pas négliger me semble-t-il.

Les éditeurs français endormis

Peut-être les éditeurs français vont-ils finir par se réveiller et prendre véritablement en main une diffusion numérique de leurs catalogues à des prix bas dans des conditions respectueuses des droits des lecteurs en faisant évoluer leurs modèles économiques. Ils seraient bien inspirés de positionner de telles offres à grande échelle vers le grand public via des bibliothèques dans des conditions meilleures qu’aujourd’hui (Numilog, t’es moche aujourd’hui, mais tu peux évoluer !) plutôt que de se livrer, tels la presse il n’y a pas si longtemps aux griffes de l’aval de la chaîne… Au final nous avons tous à perdre d’une domination trop forte d’Amazon, mais j’ai bien peur qu’il ne soit déjà trop tard.

Il faut bien en avoir conscience, pour le livre numérique, l’alternative est au prix d’une marginalisation forcée, dans un marché qui se concentre sans acteurs publics, dans un contexte où les bibliothèques ne sont pas forcément nécessaires.

Difficile période de transition dans laquelle une stabilité existe : celle du besoin d’une médiation active, au risque de la découpler cette médiation du document primaire. L’avenir sera-t-il au local, à la recommandation, à l’expérience communautaire en ligne et in situ ? Je le crois.


Billet initialement publié sur Bibliobsession sous le titre “Livre numérique : 2012 une année charnière ?”

Photos et illustrations via Flickr : Pedrik [ccbyncsa] ; titom.ch [ccbyncsa] ; ownipics [ccbyncsa] ; Mike Licht [ccby]

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Un droit au prêt pour financer la création http://owni.fr/2011/09/13/un-droit-au-pret-plutot-quun-droit-dauteur-pour-financer-la-creation/ http://owni.fr/2011/09/13/un-droit-au-pret-plutot-quun-droit-dauteur-pour-financer-la-creation/#comments Tue, 13 Sep 2011 07:05:14 +0000 Jérémie Nestel (Libre Accès) http://owni.fr/?p=79148 Association militante pour la création indépendante et la culture libre, Libre Accès organise ce mardi 13 septembre une conférence à la Médiathèque musicale de Paris autour d’Hadopi et de la licence globale. Pour poser les termes de ce débat, Libre Accès s’est entretenu avec le hacker militant français Laurent Chemla.

Le 13 septembre 2011, Libre Accès organise une conférence autour d’Hadopi et de la licence globale à la Médiathèque Musicale de Paris. La médiathèque de Paris met en prêt 36 000 Cd, 12 000 partitions et méthodes, 5 000 livres, 2 500 dvd pour une adhésion de 30 euros par an.

Sur ces prêts, les sociétés d’auteurs n’ont jamais demandé à percevoir de droits. Il y a des médiathèques dans nombre de communes de France. Elles ont notamment pour mission de promouvoir la diversité musicale. Elles sont persuadées que les prêts d’œuvres ne nuisent ni à l’industrie musicale ni aux auteurs.

La thèse défendue par les médiathèques semble très proche des opposants à la loi Hadopi : plus un public découvre des œuvres, plus il va contribuer à leur rayonnement en les faisant découvrir à d’autres.

Le projet des bibliothèques publiques est directement issu des valeurs portées par la Révolution Française à laquelle tant de partis politiques se réfèrent. En ce sens, on aurait pu s’attendre à ce que les projets de Wikipedia et de Wikimedia soient publiquement soutenus, étant un développement logique des valeurs portées par le siècle des Lumières.

Pourquoi la Haute Autorité pour la Diffusion des Œuvres et la Protection des droits sur l’Internet ne favoriserait elle pas une offre de prêt légal des œuvres sur Internet portées par différentes médiathèques ?

Laurent Chemla
Il serait sans doute utile, tant pour les médiathèques que pour la bonne tenue en général de ce débat, de se replonger dans l’histoire de la transposition en France de la directive européenne sur le droit de prêt.

Entre des bibliothécaires attachés à la tradition du prêt gratuit et les sociétés d’auteurs (et les auteurs eux mêmes) qui défendaient la logique du paiement à l’acte, l’état a fini par adopter… une sorte de License GLobale (code de la propriété intellectuelle articles L. 133-1 et suivants. Lire en particulier).

Les auteurs sont rémunérés au travers d’une SACD (SOFIA)((branche de la Sacd)) à égalité avec leurs éditeurs, de sommes forfaitaires payées pour partie par les bibliothèques et pour partie par l’état lui-même. En contrepartie ils ont perdu le droit d’autoriser ou d’interdire le prêt de leurs œuvres.

Les parallèles avec la situation actuelles, sont nombreux, et frappants :

  1. de nombreux auteurs se sont élevés contre le principe même du prêt gratuit et ont menacé les bibliothèques d’interdire le prêts de leurs œuvres, tandis que d’autres soutenaient les bibliothécaires qui défendaient la gratuité d’accès à la lecture.
  2. la situation préalable à l’adoption de la nouvelle loi n’était qu’une tradition peu ou mal réglementée, dans lequel le prêt était gratuit, et où les auteurs ne touchaient rien.
  3. il a fallu pour que les lignes bougent qu’un rapport (trop) favorable aux auteurs soit publié et déclenche enfin un débat trop longtemps repoussé.

Mais le rapport de force n’était pas le même que dans cas de la musique et du cinéma. Il y a en France une grande tradition du prêt de livre, et un très vaste réseau de bibliothèques, soutenu bien sûr tant par leurs adhérents que par les municipalités qui les accueillent. Face au lobbying des auteurs et des éditeurs, ils n’étaient pas aussi démunis que peuvent l’être aujourd’hui les partisans du partage gratuit, qui ne disposent ni d’établissements reconnus ni de relais politiques. Et les médiathèques sont hélas moins nombreuses et moins fréquentées que les bibliothèques.

Il n’en reste pas moins que le compromis issu de ce débat là pourrait facilement être adapté à d’autres œuvres que la seule littérature, et que l’antécédent créé par le droit de prêt pourrait être un argument des plus utiles pour les opposants de l’HADOPI.

Cependant il ne faut pas se leurrer : dans une économie dématérialisée et avec l’avènement du livre numérique, même le droit de prêt, pourtant très récent, ne pourra pas longtemps échapper à la vaste remise à plat du droit d’auteur qu’imposent les nouvelles technologies.

Beaucoup de médiathèques réfléchissent à cette offre de prêt sur Internet, Indirectement la licence globale ne serait elle pas mise en place alors par l’HADOPI ?

HADOPI est chargée de la protection des droits d’auteurs (et des voisins) et de la promotion des offres légales. Cette mission ne se limite pas aux offres payantes, ni à aucun mode de distribution quel qu’il soit.

Rien s’oppose donc à ce que l’HADOPI soutienne une offre de la part des Médiathèques. Mais les questions qui risquent de se poser, là comme ailleurs, sont la gestion des copies faites par l’usager de l’oeuvre ainsi obtenue, les modes de rémunération des ayant-droits, et la concurrence d’une offre “pirate” plus diversifiée (et souvent de meilleure qualité) et peu ou pas soumise à la chronologie des médias pour ce qui est de l’audiovisuel.

Du coup en dehors d’une frange « légaliste » de la population qui verrait là une façon d’éviter les foudres de la haute autorité, on voit mal à quel public une telle offre pourrait s’adresser : même si elles agissent dans un cadre non-marchand, les médiathèques relèvent de la même logique de distribution physique des œuvres que les autres. Logique qui est entièrement remise en cause par la numérisation et la dématérialisation des échanges.

Ce n’est pas d’un nouveau mode de distribution dont on a aujourd’hui besoin.

Ces nouveaux modes, ce sont les pirates qui les ont créés et à ce jour aucune technologie n’est mieux adaptée à la distribution des œuvres que les P2P.

Là où les médiathèques, là où les bibliothèques peuvent et doivent apporter leur savoir-faire, c’est dans le classement, le conseil, l’archivage des œuvres. Je paierais volontiers pour une médiathèque en ligne capable de me proposer une collection de liens bittorrent mais qui seraient vérifiés, classés par genre, proposant conseil et suivi.

Pas besoin pour ça qu’elles en assurent la distribution.

Si l’on parle de la licence associée au droit de prêt dont je parlais plus haut, alors oui idéalement elle devrait s’appliquer aux œuvres librement consultables via les médiathèques. Mais je rappelle que cette licence là est financée par l’état et les collectivités, pas par les intermédiaires.

Jérémie Nestel : N’est-il pas paradoxal d’appeler « catalogue légal » ce qui n’est justement pas permis d’échanger… N’aurait-il pas mieux valu garantir un internet non marchand où tout le contenu serait librement partageable?

ll faut sans cesse rappeler que, depuis l’invention du droit d’auteur, ce qui est vendu au public ce n’est pas l’œuvre – le contenu – mais son seul support physique (le livre, le disque, le DVD). Ce dont il est ici question c’est donc de la survie d’une industrie non pas du contenu mais du contenant.

Le contenu, lui, n’était pas commercialisé et à toujours fait l’objet d’échanges non-marchands. On peut faire écouter un disque à qui on veut dans un cadre non-marchand : personne ne viendra jamais vous le reprocher.

On peut raconter l’histoire d’un livre à ses amis sans rien demander à personne, et quand j’invite mes proches à regarder un film sur mon home-cinema, je n’ai pas l’habitude d’acheter des droits de projection.

Et même dans un cadre marchand, le partage des contenus est presque entièrement hors du contrôle des majors, des studios et des éditeurs : les droits de diffusion au public sont perçus par les sociétés d’auteurs, qui reversent les sommes perçues aux auteurs, pas aux industriels de la copie physique des contenus.

Dès lors que l’on dématérialise le contenu, dès lors que sa diffusion n’est plus ni centralisée (grâce au P2P ) ni physiquement restreinte par le besoin de multiplier et de diffuser des objets physiques, il n’y a plus rien qui justifie la rémunération de ces intermédiaires entre l’auteur et son public : ils ne jouent plus aucun rôle (et si l’auteur lui-même a des contrats qui le lient à des producteurs, eh bien c’est à lui d’assumer le paiement de ce qu’il leur doit, pas au public – qui ne leur doit rien).

La seule chose que le terme « catalogue légal » pourrait recouvrir serait donc la liste des œuvres légalement diffusables en France (liste par exemple limitée par la chronologie des médias, ou par des décisions judiciaires). Mais rien d’autre.

On est en face d’un faux débat. Ce qui est en jeu c’est la rémunération des auteurs, mais ce dont on débat c’est de la sauvegarde d’une industrie de la copie physique. C’était logique quand cette industrie était utile, on pouvait se servir du nombre de copies vendues pour déterminer la rémunération de l’artiste, et il était cohérent de payer le copiste pour qu’il reverse ensuite à l’auteur ce qui lui était dû.

Quand le copiste disparaît, que son job ne sert plus à rien, il faut trouver d’autres moyens de payer l’auteur, pas chercher à sauvegarder un modèle qui n’a plus lieu d’être. Et c’est faisable : on est passé d’une économie de la rareté (la place limitée dans les bacs des disquaires donnait mécaniquement de la valeur à la copie diffusée) à une économie de l’illimité, mais aucun acteur n’a réellement pris en charge ce nouveau modèle (Itunes et consors se contentant de mimer dans l’immatériel les modèles de l’économie de la rareté en centralisant la distribution de copie s quasi-physiques). Pourtant il y a plus que jamais besoin de médiateurs, pour trier, conseiller, évaluer, critiquer une offre devenue sans limite.

Il y a là toute une économie à construire (et les médiathèques y ont tout leur rôle). Et si l’on crée de la valeur ajoutée, alors on dispose d’un nouveau moyen de rémunérer les auteurs via ces intermédiaires à valeur ajoutée d’un nouveau genre.

La seule chose qu’on ne pourra pas changer, sauf à vouloir fermer Internet, c’est le partage gratuit des contenus. La distribution des oeuvres est devenue non-marchande, c’est un fait inéluctable. Ceux qui ont a coeur de défendre les libertés publiques ne peuvent pas faire autrement que de garantir l’existence d’un Internet libre, et donc le libre partage. Reste aux auteurs et à leur public d’établir un nouveau contrat social pour assurer la rémunération des uns et l’accès à la culture des autres.

Peux-tu revenir sur la notion « de droit de prêt » ?


Laurent Chemla
: Elle repose sur une directive européenne (Directive n°92/100 du 19 novembre 1992) qui n’a été que très partiellement traduite dans le droit français, qui ne l’applique qu’au prêt du livre. Mais le texte européen est bien plus généraliste et traite aussi bien de la musique et du cinéma.

Cette directive affirme le droit pour les auteurs et les producteurs d’autoriser ou d’interdire le prêt de leurs œuvres. Mais il pose, en son article 5, que les états peuvent déroger à ce droit à la seule condition que les auteurs reçoivent une rémunération.

Dans le cas du livre, la loi française a imposé aux auteurs, dès lors qu’ils ont fait le choix de publier leurs œuvres, l’interdiction de s’opposer au droit de prêt en bibliothèques. Et elle prévoit en contrepartie une somme forfaitaire, payée par l’état.

Non seulement la même chose pourrait (et devrait, puisqu’une directive européenne s’impose aux législations nationales) s’appliquer aussi bien aux œuvres sonores et audiovisuelles, mais en plus la condition préalable de la rémunération est déjà réalisée dans le cadre de la taxe pour la copie privée numérique.

Le seul choix qui devrait rester aux auteurs, dans le cadre de cette directive et dès lors qu’ils ont rendu leurs œuvres publiques, serait de refuser toute rémunération provenant de cette taxe s’ils souhaitent interdire le partage de leurs œuvres.

A la limite, l’HADOPI pourrait servir à garder à jour la liste des auteurs qui refusent toute rémunération garantie par l’état. Ceux là conserveraient le droit d’interdire la diffusion de leurs œuvres au public. Je gage qu’ils seraient peu nombreux.

La SACEM quant à elle souhaite taxer les fournisseur d’accès à Internet… Pourquoi se focalise t-elle seulement sur la question de la rémunération alors que bon nombre d’auteurs n’arrivent plus à être correctement diffusés ?

Laurent Chemla Mais c’est là tout son rôle. La SACEM n’a pas pour objectif de mieux faire diffuser la musique, mais seulement de percevoir les droits de reproduction ou de diffusion en lieu et place des auteurs quelle représente.

D’ailleurs dans le cadre d’un droit de prêt universel – ou dans n’importe quel autre cadre pensé pour résoudre la question de la rémunération des auteurs dans un monde numérique tel que la License globale, le don défiscalisé ou autre – elle aurait tout son rôle à jouer pour éviter la multiplication des intermédiaires.

Si les auteurs veulent mieux diffuser, ou mieux se faire connaître, c’est à eux de s’organiser pour ça, la SACEM n’est pas là pour ça.

Si je veux en tant que blogueur mieux diffuser ma pensée ou être d’avantage connu, je n’attends pas de ma banque qu’elle s’en charge.

La taxe sur les FAI si elle voit le jour, entraînerait-elle la fin de tous les fournisseurs d’accès associatifs ?

Laurent Chemla
Le principe d’une telle taxe, récemment défendue au prix de quelques mensonges par Jean-Michel Jarre, me rappelle cette autre taxe un temps imaginé et nommée « taxe Google ». Il consiste à « prendre l’argent là où il est ». Au seul prétexte qu’une industrie meurt pendant qu’une autre agonise, ce serait à la première de voler au secours de la seconde ?

S’il s’agit de rémunérer les auteurs, pourquoi pas taxer les FAI, mais à quel titre, et pourquoi ne pas taxer aussi les transporteurs routiers qui participent à la diffusion des disques en les livrant aux distributeurs tant qu’on y est ? C’est ridicule, et d’autant plus qu’en parallèle on répète chaque jour l’importance d’Internet, et la volonté de réduire la fracture numérique, et la création d’un tarif d’accès social.

Si l’objectif est que chaque citoyen dispose d’un accès à Internet, alors une taxe sur cet accès deviendrait évidemment un impôt équitablement réparti, mais au dépends d’un accès dont tous les politiques affirment (enfin) l’importance démocratique. On est à la limite de l’oxymore, mais admettons : je suis d’accord pour que la création soit financée par l’impôt, mais à la condition qu’elle sorte alors totalement du milieu commercial et que son accès soit universel et non-marchand.

On ne peut pas demander le beurre et l’argent du beurre

A contrario quelle devrait être la politique d’une « nouvelle économie » sur Internet

Je n’y connais rien en économie, moi. En ce qui concerne Internet en général, je ne suis pas certain que l’état doive y jouer un rôle, quel qu’il soit, en dehors d’établir des règles de protection de la vie privée et du consommateur plus en adéquation avec l’économie en ligne.

Mais en dehors de ça, je ne sais pas : normalement le rôle régulateur de l’état intervient en opposition à des dérives dues à une économie qui est, elle, presque totalement dérégulée. Mais sur Internet, le simple citoyen n’a jamais été aussi démuni face à ces dérives que dans le monde dé l’économie physique. Il peut s’y exprimer aussi bien, sinon mieux, que les commerçants. Il peut y trouver de l’aide, dénoncer les dérives qu’il constate, et – pour les plus techniciens – créer des contre-mesures face à ces dérives (en développant par exemple une concurrence non-marchande). Et il en est de même face aux dérives de ces mêmes états.

Il suffit de constater qu’à chaque fois que l’état a voulu se mêler du monde numérique, il n’a fait qu’accumuler erreur sur erreur. A trop vouloir garantir les revenus de quelques industries dotées de lobbyistes efficaces (le spectacle et le jeux en sont les meilleurs exemples), il est en train de tenter d’élever des châteaux de sable pour éviter la marée. Et moins ça marche, plus il ajoute du béton sans voir à quel point tout ce qu’il fait est néfaste : après des lois inefficaces, il a commencé à voter des lois plus répressives à l’encontre de ceux qui partagent de la musique sans rien y gagner qu’à l’égard de très nombreux délits dont la gravité est pourtant sans rapport. Et quand ça n’a pas fonctionné, il a commencé à vouloir revenir sur le principe de neutralité du réseau et à soutenir l’industrie du DPI, au point d’être carrément cité comme exemple par la Chine. C’est délirant.

Et pendant ce temps ce sont de simples citoyens, sans la moindre intervention de l’état, qui ont créé des outils permettant d’éviter les traçages, de se protéger de l’invasion publicitaire, et qui cherchent à répondre aux questions de fond soulevées par l’avènement du réseau global…

On a déjà échangé sur la licence globale lors de notre dernière entretien, entre temps, Ludovic Penet du Laboratoire des Idées du Parti Socialiste a été interviewé sur Numérama à propos de la Licence Global et de la Neutralité du Net. L’as-tu ? Et qu’en- as tu pensé ?

Laurent Chemla
Oui j’ai lu, et avant ça on a un peu échangé via twitter. Ludovic est quelqu’un de lucide et de compétent, et ça change agréablement des discours préformâtes des professionnels qu’on entend habituellement.

Quant aux propositions qu’il avance, elles restent pour le moment, sinon nébuleuses, du moins assez diplomatiques pour ne pas risquer de se fâcher avec les candidats en lice. En tous cas c’est l’impression que j’ai eue (mais je me trompe forcément). Les problèmes sont bien identifiés, mais les réponses sont encore vagues. Pourtant je pense que nous nous rejoignons sur pas mal de points.

En fait le seul reproche que je pourrais faire à ce stade c’est que parmi les propositions avancées aucune ne remet en cause la notion même de droit d’auteur, ni même le nécessaire rééquilibrage de ce droit au profit de la société qui doit absolument avoir lieu après des décennies de dérive en faveur des ayant-droits. C’est dommage, parce qu’on risque de rater là une occasion historique de remettre à plat un débat de société complexe et passionnant, mais c’est hélas assez logique tant les esprits ont été durablement formatés par le discours des majors.

Au moins les propositions du « lab » vont-elles dans le bon sens. C’est déjà pas si mal.

Je regrette dans cette approche du Lab socialiste de ne pas remettre en cause la durée du droit d’auteur qui génère une économie de rente et freine la diversité des productions musicales actuelles.

Laurent Chemla
Sur la durée du droit d’auteur, je ne saurais trop conseiller encore et toujours aux politiciens de se souvenir de leurs cours d’histoire et en particulier du combat mené par Jean Zay avant la dernière guerre.

C’est dire si ce débat est n’a rien de nouveau, et il est intéressant de noter que déjà à l’époque il avait dû faire face – sans s’y plier – au lobbying des éditeurs. Il est bien dommage pour notre pays qu’il ait été ué par la milice en juin 44.

Dans sa proposition de loi, Jean Zay proposait non seulement de faire disparaître la fausse notion de « propriété »
intellectuelle (un terme utilisé après la révolution pour éviter le trop connoté pour l’époque « privilège »), mais encore de garantir les auteurs contre la cession de leurs droits inaliénables pour autre chose qu’une durée limitée, mais aussi et surtout – à l’instar d’Alfred de Vigny en 1811 déjà que la durée des droits après la mort de l’auteur soit limitée à 10 ans. On en est très loin aujourd’hui, hélas.

N’est pas non plus Jean Zay qui veut.

Jérémie Nestel
Laurent merci, j’espère que notre entretien favorisera mardi prochain un débat riche et fraternel. Je pense que les questions de neutralité de l’internet, du partage des œuvres et de la rémunération des artistes et des producteurs auront des conséquences sur notre société. Je suis persuadé que c’est avec humanisme qu’elles seront en conséquence traitées. Nous serons dans la maison de Jean Macè (fondateur des bibliothèques) à la Médiathèque des Halles, une belle maison pour inventer une troisième voie.

Jean Macé au 21ème siècle serait-il attaqué par la SACEM et SCPP pour Mise à disposition d’œuvres en libre téléchargement ?(((http://www.a-brest.net/article4551.html)))

Interview publié à l’origine sur le blog de Libre Accès sous le titre Hadopi & Licence Globale : et si on réduisait la durée du Droit d’Auteur ?

FlickR Paternité damj002 ; PaternitéPas d'utilisation commerciale Marc Wathieu ; PaternitéPas d'utilisation commerciale Ex-InTransit ; PaternitéPartage selon les Conditions Initiales pfly.

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Les bibliothèques vont-elles survivre? http://owni.fr/2011/04/27/les-bibliotheques-vont-elles-survivre/ http://owni.fr/2011/04/27/les-bibliotheques-vont-elles-survivre/#comments Wed, 27 Apr 2011 10:30:41 +0000 microtokyo http://owni.fr/?p=58009 A l’heure où l’information se consomme et se périme aussi vite que des asperges primeur, on pourrait presque se demander à quoi bon encore aller dans une bibliothèque quand tout est accessible depuis notre connexion internet personnelle.
Paradoxe : alors que la demande d’information n’a jamais été aussi forte qu’aujourd’hui, les quelques 3.000 bibliothèques publiques (municipales, universitaires et départementales de prêt) de l’Hexagone ne cessent d’accuser une constante diminution de leur fréquentation depuis près de 30 ans.

La très officielle enquête des pratiques culturelles des Français de 2008 montre ainsi que nous lisons moins d’imprimés et préférons davantage le web et le multimédia. Riches heures que celles de l’hypertexte et du collaboratif : on cherche et co-construit du savoir sur Wikipedia ou Open Content Alliance. On va et apporte des news sur des sites de data-journalisme comme Owni ou Openleaks. Il semblerait que les citoyens aient fait sa fête au savoir encyclopédique, que les flux numériques aient gagné contre les stocks des collections imprimé.

Librarian, r u has been (lol) ?

Il y a aussi Google. La petite fenêtre du moteur de recherche rend sacrément service quand il s’agit d’aller à la pêche à n’importe quelle info. Les programmes Google Books et Google Libraries travaillent quant à eux à numériser des millions d’ouvrages et documents à l’échelle planétaire… patiemment sélectionnés et préservés par des bibliothécaires au fil des siècles.

Dans une tribune désormais fameuse intitulée La bibliothèque universelle, de Voltaire à Google, le directeur de la Bibliothèque de Harvard, Robert Darnton, donne le ton : numériser oui, encore faut-il que ce travail respecte les droits d’auteur et s’inscrive dans un souci d’accès durable au savoir par tous, dégagé des vicissitudes de l’offre marchande.
Vu les tractations tendues ici, et là-bas avec la firme californienne, ce n’est pas encore gagné. Certes, Google n’est pas (encore ?) capable de proposer l’équivalent d’une bibliothèque numérique comme Gallica ou Europeana.

Mais tout de même. L’accès facile et instantané à toute l’information mondiale par le web et les formats numériques peut renforcer l’image vieillotte de la bibliothèque et du bibliothécaire. Ou plutôt de la bibliothécaire : vieille fille austère davantage habituée à ranger des bouquins sur des rayons qu’à conseiller le lecteur et animer les foules. Pour peu que vous lui demandiez une information, vous risquez le “il faut aller voir dans l’autre service”.

Une question un peu précise ? Voilà votre vieille fille de chercher sur Google, ce que vous auriez pu faire vous-même. Frustré(e), vous retournez à votre place en doutant que la bibliothécaire connaisse aussi bien l’affaire Wikileaks et la série des Grand Theft Auto que les œuvres de Virgile. Pas étonnant qu’aucun bibliothécaire n’ait marqué l’Histoire ! Borgès ? Bataille ? Leibniz ? Connais pas ! Barthes ? Ah oui, le footballeur…

De leur côté, les gouvernements semblent se dire que le droit à l’information et à la formation du citoyen n’est qu’un gadget démocratique coûteux. Le Manifeste de l’Unesco et de l’IFLA sur la bibliothèque publique ? Mythologie hippie ! Outre Manche, les coupes budgétaires forcent les bibliothèques à privatiser, externaliser, privilégier le bénévolat au salariat… ou à fermer.

La résistance s’organise comme elle peut avec des collectifs de soutien comme la Save our library day organisée par la puissante CILIP. Une cartographie des exactions ici. En France, la Loi sur l’autonomie des Universités (LRU) n’oblige plus les Services communs de documentation (dont font partie les bibliothèques universitaires) à siéger aux conseils d’administration. Plus globalement, que ce soit dans la fonction territoriale ou d’État, les postes se raréfient. C’est le fameux 1 sur 2, complètement trendy chez les libéraux.

Créer des liens

Les bibliothèques, c’est un peu le verre à moitié vide ou à moitié plein. Face aux mutations rapides du traitement de l’information, du savoir et des sociétés, leurs fonctions sont en pleine mutation. Mais rassurons-nous, l’avenir est incertain pour tout le monde. Si en France, aucune loi ne définit les missions des bibliothèques, sans doute vaut-il mieux considérer ce vide juridique comme un espace de liberté. Commençons par nous rappeler que la lecture est un acte éminemment politique, une lutte contre les conformismes, le mercantilisme et la banalisation de la nouveauté.

Lire, c’est lier aussi. La bibliothèque est un espace public ouvert à tous. Implanter une bibliothèque dans un département, une ville, un quartier est un acte fort pour des élus. Au même titre que les médias, la bibliothèque, c’est une certaine idée de l’Homme dans la cité et de la cité elle-même. En termes de comm’ institutionnelle, la présence d’une bibliothèque est une vitrine renvoyant à la population l’image d’un territoire démocratique, éclairé et contemporain, d’où l’importance d’un architecte côté. Elle valorise aussi bien l’élu que les bénéficiaires en renforçant le sentiment d’identification à un lieu précis, à un vécu commun.

On se répète, mais des établissements comme Le Rize de Villeurbanne ou les Idea Stores londoniens, tous implantés dans des quartiers populaires, mettent les populations au cœur de leur politique documentaire et d’activités afin de renforcer accès au savoir et le lien social. Ils participent à un changement de mentalité, d’imaginaires, notamment chez les jeunes, en proposant une ouverture sur le monde, un autre rapport au savoir, voire au livre.
Implanter une bibliothèque est tout autant une opération d’urbanisme, d’aménagement du territoire : en tant qu’équipement culturel, elle peut aussi bien préfigurer la réactivation d’une zone marginalisée que développer un territoire très peuplé ou attractif.

“Le bibliothécaire est un atout du web”

Organes du service public, les bibliothèques ont à cœur de garder une utilité sociale en proposant un vaste pan du savoir universel. Elles s’attachent à constituer, conserver, actualiser et rendre disponible des collections de documents variés à des publics variés. Elles veillent à répondre aux besoins des citoyens en information, culture, loisir, formation, travail de recherche… et même de sociabilité et de farniente.

La fréquentation de bibliothèques, de la presse spécialisée (telle le BBF, Bibliothèques ou les publications de la Fédération internationale des associations de bibliothécaires et d’institutions) ou encore de blogs de pros comme celui de Silvère Mercier, Bibliobsession ou le Nombril de Belle Beille, d’Olivier Tacheau nous fait comprendre que dès aujourd’hui et plus encore demain, les bibliothèques et leurs bibliothécaires ont un rôle essentiel à jouer dans la vie de l’espace public et le traitement de l’information, au même titre que le journaliste, l’élu ou le chercheur.

Les bibliothèques sont sur le point d’opérer le passage de structures de prêt à agences de service de contenus. Nouveauté ? Le bibliothécaire visionnaire Eugène Morel disait déjà en 1909 que les bibliothèques ne ser(aie)nt plus des monuments mais des agences…

L’une des plus belles perspective réside ainsi dans le fait de constituer des collections hybrides, composées de documents numériques et papier. On se force à penser le contraire, mais les deux font bon ménage. Plus encore, le binarisme “flux des réseaux numériques” versus “stock des supports papier” ne convainc que les geeks les plus bornés. C’est justement la définition basique de la politique de contenus que de garder une trace, une mémoire de tout document pour les générations présentes et futures.

Au bibliothécaire donc de stocker aussi les informations les plus pertinentes issues du numérique et de faire circuler tout autant les documents papier en réserve. Belle carte à jouer : le bibliothécaire a un atout sur le web car si celui-ci ne propose qu’un chaos d’informations, le premier rassemble certaines d’entre elles pour constituer du sens, de la connaissance. Un ensemble hétéroclite d’informations fragmentaires ne fait un savoir.

Le bibliothécaire sélectionne l’information la plus exacte, la plus représentative d’une situation, d’une époque et la contextualise dans un ensemble de documents aux supports variés, la collection. Comme le dit bien Gilles Eboli [PDF] de la Bibliothèque de Marseille à vocation régionale, le bibliothécaire crée du sens en sélectionnant des flux rss, en proposant des agrégateurs de flux, des bases de données, en proposant des webographies et des services de signets sociaux, tels les Guichets du savoir de la BM de Lyon, au même titre que des livres, revues papier, estampes, photographies, supports audio-visuels… Les plus développeurs des bibliothécaires se lancent déjà dans l’archivage du web, notamment au sein de l’International Internet Preservation Consortium [EN], ou l’Internet Memory Foundation [EN]. Joli service rendu à la communauté, non ?

Wikipedia et le data-journalisme pour construire l’espace

Autre carte à jouer : impliquer l’usager dans la chaîne du traitement de l’information et de la co-production de savoir. Loin d’être des concurrents prédateurs, Wikipedia et le data-journalisme participent de la même construction de l’espace public. Aux bibliothèques de mieux s’y positionner, par exemple en donnant la possibilités aux usagers de co-réaliser des fiches signalétiques, des commentaires sur les notices bibliographiques, de participer au classement des ouvrages les plus empruntés (facing, tables de présentation des coups de coeur…). Aux bibliothèques également d’animer des communautés d’e-lecteurs, d’être présentes sur des bureaux virtuels et autres wikis.

Enfin, troisième carte à jouer – probablement celle maîtresse : la médiation entre des collections et des publics spécifiques. En cela, le bibliothécaire rejoint l’anthropologue ou un DJ dans leur position de passeur. Derrière la portée presque romantique du propos, des actions concrètes : connaître suffisamment les publics de sa bibliothèque pour leur proposer des projets et des évènements adaptés (expos, rencontres avec des auteurs, conférences), savoir doser et valoriser les documents numériques, les livres, les revues, disques, DVDs, offres de formation… Ne pas hésiter à agrandir les salles des périodiques et d’accès à internet, de réduire les rayons livres, tout en mettant en place des actions de valorisation de ces derniers. Ce qui implique d’acquérir des compétences en animation culturelle.

Il y a lieu d’être optimiste : bien des médiathèques des grandes villes françaises proposent déjà tous ces services. On y trouve aussi, comme dans les B.U de Barcelone, de plus en plus d’espaces garnis de poufs moelleux et de cafés. Choquant ? Non, c’est accepter que les collections sont aussi un lieu de sociabilité, la place publique où il est même possible de ne rien faire, et gratuitement. Se sentir chez soi à la bibliothèque, une living room library… Cette dernière notion implique aussi de s’adapter aux temps de vie des citadins. Pourquoi ne pas ouvrir les bibliothèques davantage le soir pour les salariés et le dimanche, pour les familles ?

En ces temps de constante réduction des libertés dans les espaces communs et de brouillage de l’espace public, les bibliothèques ont un rôle éminemment politique à y jouer. Quant au métier de bibliothécaire, c’est un hybride actuel tirant déjà vers demain : un peu archiviste, documentaliste, informaticien, journaliste/veilleur, animateur/médiateur et conseiller des élus, il correspond bien mal au cliché de l’intello planquée et timorée. Pour lui comme pour les autres, les temps sont troubles, mais il a compris que des places sont à prendre dans le train de la démocratie, dans toutes les classes.

> Article publié initialement sur Microtokyo sous le titre Les bibliothèques sont-elles tendances dans le futur ?

> Illustrations Flickr CC Osbern, Dalbera et Dottavi

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http://owni.fr/2011/04/27/les-bibliotheques-vont-elles-survivre/feed/ 0
Ressources numériques : des trésors derrière des forteresses http://owni.fr/2011/04/20/ressources-numeriques-des-tresors-derriere-des-forteresses/ http://owni.fr/2011/04/20/ressources-numeriques-des-tresors-derriere-des-forteresses/#comments Wed, 20 Apr 2011 10:26:43 +0000 Bibliobsession http://owni.fr/?p=58020
Je suis frappé par l’énergie considérable requise pour la gestion des “ressources numériques” dans les bibliothèques publiques. Attention je ne parle pas ici des bibliothèques universitaires où la problématique est différente.

À l’attention des non-bibliothécaires qui lisent ce blog, il s’agit de contenus payants, payés par les bibliothécaires pour leurs usagers qui sont a minima identifiés comme adhérents de la bibliothèque.

Nous pensons avec des mots : là où les bibliothécaires ont des “ressources numériques” le reste du monde a le web et des contenus…

C’est bien pour ça, soit dit en passant, qu’il ne s’agit pas de “valoriser des ressources numériques” (via des brochures imprimées “attractives”) mais plutôt de répondre à tel ou tel besoin documentaire (par ex. que recommandez vous pour apprendre l’anglais ?)

Un vrai far-west fatigant et des résultats décevants

De fait, ces “ressources numériques” sont un vrai far-west qui oblige les bibliothèques à d’incroyables acrobaties de gestion pour des résultats très décevants. Le bibliothécaire est censé tous les jours rendre séduisants des trésors derrière les murs de forteresses…

Pourquoi est-ce un domaine aussi complexe à gérer pour nous ? Parce que ces offres (chères) de contenus ne sont absolument pas pensées pour les destinataires finaux et oublient quasi systématiquement les droits fondamentaux des usagers en faisant une croix sur l’ADN du web : l’accès libre, le streaming et l’interopérabilité.

Vous en doutez ? Vous vous dites que j’exagère ? Voici un point proposé par Annie Brigant, de la direction des Bibliothèques de la Ville de Grenoble (merci à elle). Ces informations ont été proposées dans le cadre d’une réunion sur le sujet des “ressources numériques”. Extraits :

La bibliothèque municipale de Grenoble propose une offre :

  • sur place : Pressens, le Kompass, Vodeclic, la Cité de la Musique (désormais disponible au conservatoire) les films documentaires de la BPI,
  • à distance : Numilog, ArteVod, Cairn sur le portail Lectura et le patrimoine numérisé.

Sur le plan des usages, on observe :

  • la faiblesse chronique, la stagnation voire la baisse des usages. Pour plusieurs ressources, les usages sur place sont difficiles à mesurer en raison de l’insuffisance du modèle statistique d’Ermès.
  • En 2010, 8500 articles ont été consultés sur Pressens, il y a eu 200 téléchargements sur Numilog. Les livres audio de Numilog se sont révélés décevants en raison d’un problème de format (pas de mp3).
  • ArteVod pose le problème du paiement à l’acte : pour garder la maîtrise de leur budget, les bibliothèques doivent mettre en place des quotas qui détournent les usagers de la ressource et provoquent une baisse des usages.

Pour expliquer cette faiblesse des usages, on pointe souvent une insuffisance de communication, de formation des équipes, et surtout de médiation vis-à-vis des usagers. Il n’en demeure pas moins que des difficultés réelles viennent compliquer le travail de valorisation des équipes, qui se heurtent à la complexité du sujet. Ces difficultés sont liées :

  • aux modalités d’usage : ressource disponible sur place / à distance, en streaming / en téléchargement (les deux possibilités étant parfois offertes) ;
  • aux modalités d’identification : accès anonyme pour la consultation sur place, inscription préalable au service ou non pour les ressources à distance (ArteVOD et Numilog, mais pas CAIRN) ;
  • aux modalités d’accès : l’accès peut être illimité (éventuellement dans la limite d’un nombre d’accès simultanés) ou restreint, mais avec divers types de restrictions : limitation du nombre de consultations à un instant T (Numilog), du nombre de consultations sur une période (ArteVOD), durée de consultation limitée (Numilog sur place) ;
  • aux supports de consultation : ex. les livres numériques sont lisibles sur un micro-ordinateur mais aussi sur un type de tablette de lecture (Sony Reader), l’iPad et l’iPhone à condition de récupérer l’application sur l’Applestore ; les livres audio sont accessibles en WMA sur les baladeurs compatibles avec ce format, etc. ;
  • aux DRM : limitation du nombre d’accès sur X supports de consultation (Numilog), limitation du nombre de pages imprimables (variable selon le document sur Numilog) ;
  • aux contraintes techniques : la possibilité d’accéder au service varie selon l’ordinateur (PC/Mac), le système d’exploitation (Windows/Linux), le player (Adobe Digital Editions et non Adobe Reader pour Numilog, Windows media Player 11 pour ArteVOD), la version du navigateur, etc.
  • aux contenus eux-mêmes : ex. la durée d’archivage varie selon les titres de presse sur Pressens.

Que doivent en outre savoir les équipes pour pouvoir renseigner les usagers ? Il leur faut connaître :

  • les ressources acquises en bouquets et celles pour lesquelles la bibliothèque a opéré une sélection dans un choix de titres,
  • les modalités d’acquisition : abonnement (Kompass), acquisition (Numilog), acquisition pour une durée limitée (CineVOD),
  • le type de limitation d’accès : nombre d’accès simultanés (Vodeclic), nombre d’usagers (CinéVOD), nombre de documents (Pressens : restriction de 10.000 articles sur un an, avec limitation du nombre d’articles consultables par session), forfait annuel de téléchargement (ArteVOD),
  • les modalités d’identification : pour les ressources sur place, il y a un délai de 24 heures après inscription, d’où l’utilisation de cartes collectives en attendant.

Toutes ces contraintes font de l’utilisation des ressources numériques – notamment à distance – un véritable parcours du combattant pour les usagers dont seuls les plus motivés vont au bout de la démarche.

Avec un peu de recul, la situation actuelle revient à acheter pour d’autres des accès rares pour des contenus “naturellement” cachés derrière des murs payants, qu’on s’épuise ensuite à valoriser. “Le web” a compris depuis bien longtemps que le meilleur moyen de “valoriser” (faire connaître) des contenus est de laisser l’accès libre quitte à vendre des services ensuite (= freemium). Faire le contraire a des conséquences lourdes : difficulté d’accès à un monde clos, hétérogène, exclusif à certains moyens techniques et sélectionnés par un bibliothécaire inconnu (là où sur le web la confiance se construit, bien au-delà du statut de bibliothécaire)…

Entrer dans des flux, hétérogènes et instables, mais riches et ouverts

Pourquoi cette situation s’est-elle développée ? Je pense que nous sommes victimes du tropisme propre à la profession : la constitution de collections dans l’univers numérique. Aujourd’hui, le bibliothécaire est celui qui “donne accès” à des bases comme on achète un livre. Il fournit un accès légitimé par ses soins au risque de confondre la valeur marchande de l’achat au nom de la collectivité avec la vraie valeur d’usage : celle du libre accès, de la circulation et de l’appropriation des contenus par le plus grand nombre. Il me semble que, trop souvent, au nom de l’idée séduisante et rassurante d’une collection, pour “donner accès à”, nous acceptons des restrictions d’usages insupportables pour bon nombre d’internautes ! Le résultat est éclatant : partout on constate que ces offres ne “marchent pas” et coûtent très cher.

Dans les flux, j’ai de plus en plus de mal à croire à cette notion de collection et de plus en plus tendance à croire que la recommandation fine et la propulsion valent sélection, font collection. C’est bien là le changement de paradigme le plus profond pour des bibliothécaires qui doivent, pour le numérique, abandonner l’idée de mondes clos, de collections cohérentes, de communautés stables et territoriales pour entrer dans des flux nécessairement hétérogènes et instables, mais riches et ouverts.

Alors que faire ? Qu’on ne m’oppose pas svp l’instabilité des modèles économiques des fournisseurs de ces contenus. Rien n’oblige les acheteurs publics que nous sommes à accepter les conditions de prestataires qui cherchent à séduire leur clientèle à eux : les bibliothécaires. L’enjeu est bien d’élaborer avec eux des offres dans lesquelles l’usager final est respecté, dans lesquelles les bibliothécaires trouvent leur place le tout avec un modèle d’affaires viable. C’est possible si on s’en donne la peine. Nous avons quelques outils de mutualisation pour ça qui restent j’en conviens largement à améliorer. Nous avons très clairement besoin de les renforcer, nous y travaillons activement.

Dire non aux offres qui ne respectent pas à minima les droits des usagers ?

Toute la gestion des “ressources numériques” absorbe un temps de travail, des compétences, des énergies précieuses qui de fait, ne sont pas consacrées à la médiation de contenus en accès libre très souvent reléguée dans des sélections de sites hors des flux de passage…

Ne rêvons pas, la situation restera hétérogène, je n’ai bien sûr pas de solution ultime à vous proposer. Mais trouvons des réponses en posant des questions fondamentales : faut-il, pour les “ressources numériques”, continuer à construire des mondes clos au risque d’oublier la médiation de l’océan infini des pépites de contenus en accès libres sur le web ? Les contenus payants et payés pour d’autres, si intéressants nous semblent-ils, pour lesquels nous dépensons autant d’énergie, valent-ils vraiment la peine d’être proposés derrière des forteresses ? Ne faut-il pas tout simplement arrêter de proposer des offres qui n’ont pas des caractéristiques minimales respectueuses des droits des usagers ? A-t-on forcément besoin de “donner accès à” pour recommander, pour propulser ? Comment repenser ces équilibres ?

Au moment où l’on déclare les droits des lecteurs de livres numériques, où les amateurs de films s’engagent à ne plus pirater en échange d’offres acceptables, n’est-il pas temps de se regrouper et de proposer une charte de l’usager des ressources numérique en bibliothèque ?

Billet initialement publié sur Bibliobsession

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http://owni.fr/2011/04/20/ressources-numeriques-des-tresors-derriere-des-forteresses/feed/ 0
Google Books, libraire numérique depuis 2010 http://owni.fr/2011/01/10/google-books-libraire-numerique-depuis-2010/ http://owni.fr/2011/01/10/google-books-libraire-numerique-depuis-2010/#comments Mon, 10 Jan 2011 07:30:51 +0000 Olivier Ertzscheid http://owni.fr/?p=41097 Mes étudiants vous le confirmeront, j’avais dès 2006 annoncé que Google deviendrait un jour libraire. Et j’avais également indiqué qu’il le serait au plus tard en 2010. Il s’en est donc fallu de peu (25 jours), mais j’ai gagné mon pari :-) Le 6 décembre restera donc comme la date officielle de lancement de Google Edition : http://books.google.com/ebooks.

Disponible uniquement aux États-Unis, l’ouverture pour l’Europe (et la France ?) et annoncée pour le début 2011 (“first quarter 2011″).

Pas le temps de faire un billet d’analyse, je me lance donc, par défaut, dans une petite revue de liens qui permettront, je l’espère, de circonscrire les principaux enjeux de ce lancement. Car figurez-vous qu’en plus de ce lancement, Google a, ces derniers jours, multiplié les annonces. Mais d’abord une question.

Pourquoi lancer Google Edition maintenant et dans une (relative) précipitation ?

Parce que c’est bientôt Noël et parce que comme tous les foyers qui peuvent faire flamber leur Carte Bleue pour l’occasion sont déjà équipés de cafetières, de micro-ondes, d’ordinateurs, et de lecteurs DVD, tous les indicateurs et tous les analystes le disent : ce Noël sera celui des tablettes tactiles et autres e-readers (liseuses). L’iPad va faire un carton (même si je vous conseille d’attendre la prochaine version). Et outre-Atlantique, les ebooks vont se vendre comme des petits pains (ben oui, faudra bien remplir les sus-cités tablettes et autres e-readers). Donc c’eût été digne de la stratégie d’un vendeur de sable en Afrique sub-saharienne que de ne pas lancer Google Edition avant les fêtes de Noël (pour info, et d’après une étude de Forrester citée ici, “le marché US représente près de 1 milliard de dollars en 2010 et devrait tripler d’ici 2015″, d’autre part, ici, “le marché du livre électronique progresse : +200% de ventes en 2009 pour les États-Unis.”).

La question des chiffres

Épineuse. Pour certains, reprenant la communication officielle de la firme [en] pour certains donc, Google Edition c’est 3 millions de livres sur les 15 millions d’ouvrages numérisés à ce jour par le moteur, issus des catalogues de 35.000 éditeurs et plus de 400 bibliothèques (source). Pour d’autres, dans Google Edition on partirait sur “4.000 éditeurs pour environ 200.000 livres mis en vente. Les éditeurs recevront jusqu’à 52 % du prix de vente.” (source) La vérité est ailleurs probablement à chercher du côté du supplément livres du Los Angeles Times :

Google is working with all of the big six major publishing houses — Random House, Penguin, HarperCollins, Hachette Book Group (sic), Simon and Schuster and Macmillan — and thousands of smaller publishers to offer more than 250,000 in-print books for sale. Google eBooks will also launch with about 2.7 million public-domain books in its store, which can be accessed for free.

Voilà. 2,7 millions d’ouvrages du domaine public + 250.000 ouvrages sous droits = pas loin de 3 millions d’ouvrages, sur les 15 millions que Google dit avoir numérisé, et dans lesquels figurent au moins 60% d’œuvres orphelines qui ne seraient donc pas, pour l’instant et en attendant que la justice se prononce sur la dernière version du règlement Google, qui ne seraient donc pas dans l’offre de lancement de Google Edition.

La question des droits (et des ayants-droit).

Problème épineux et consubstantiel de Google Books (cf les différents procès et la mise sous coupe réglée du règlement afférent). Avant de lancer Google Edition, Google s’est aussi efforcé de faire bonne figure auprès des ayants-droit :

  • “meilleure accessibilité des contenus légaux depuis son moteur. (…) Une modification de l’algorithme de Google afin de faire remonter systématiquement les contenus identifiés comme légaux ne serait pas à exclure.”
  • nettoyage de l’auto-complétion (pour éviter les suggestions du type “Houellebecq… BitTorrent”)
  • “répondre en 24 heures aux demandes de retrait de contenus litigieux de la part d’ayants-droit”
  • “fermer les vannes d’AdSense aux sites pirates”

La question des DRM, des formats et des concurrents

On a beaucoup dit (et écrit) que la caractéristique de Google Edition serait l’absence de DRM. Faux [en]. Il y aura bien des DRM. Reste à savoir s’ils seront limités aux œuvres sous droits ou s’ils seront étendus aux œuvres orphelines. Cette question constituera un des points à surveiller tout particulièrement. Le modèle de l’allocation proposé par Google permettant en effet partiellement d’évacuer la question des DRM castrateurs, question certes sensible pour les ayants-droit et les éditeurs mais aussi et surtout facteur ô combien bloquant pour le décollage du marché.
La plupart des ouvrages disponibles sur Google Edition seront – c’était annoncé et cela reste une bonne nouvelle – au format open-source ePub. J’ai bien dit la plupart.
Ben… [en] des concurrents y’en a plein : Amazon, Apple, Amazon, Apple, Amazon, Apple. Peut-être aussi Barnes&Noble (plus gros libraire américain).

La question des (petits) libraires (indépendants)

Ben oui. Dans ce monde un peu fou de la librairie (et pas que dans celui-là d’ailleurs), le même Google qui était hier le grand méchant ogre est aujourd’hui en passe de devenir la planche de salut de la librairie indépendante [en]. Google leur fournirait les briques et le mortier (“brick and mortar”) nécessaires à la construction de leur librairie numérique. À moins qu’il ne s’agisse du goudron et des plumes nécessaires à son enterrement de première classe. Mais du coup, le grand méchant ennemi de la librairie indépendante reste Amazon et Google s’offre une relative virginité ainsi qu’une main d’œuvre qualifiée qui fera diligence pour aider le même Google à vendre… ses livres. Ou comment créer à moindre frais une chaîne de libraires franchisés Google (rappelons pour mémoire qu’il y autant de libraires indépendants en France que sur tout le territoire américain, et si la nouvelle est accueillie avec enthousiasme par l’alliance des libraires indépendants américains, l’enthousiasme risque d’être moins spontané du côté du Syndicat de la Librairie Française… )

With access to over three million titles in the Google system, a variety of e-book formats, and compatibility with most of the e-reading devices out there, independent bookstores have a powerful platform available to them. Without having to concentrate on the technical details of selling e-books, indies can focus on their “bread-and-butter” services like curation and personal book recommendations. (source)

More than 200 independent bookstores nationwide will be able to sell Google eBooks. (LATimes)

Créer une armée de libraires “Powered by Google”. (TechCrunch)

La question des supports de lecture

C’est là où Google Edition s’inscrit en rupture du modèle dominant avec sa stratégie de l’allocation. Mais on pourra aussi lire les ouvrages achetés sur Google Edition sur à peu près tou(te)s les tablettes/smartphones/e-readers/iPad (via une application en cours de développement)… à l’exception notable du Kindle d’Amazon :-)

La question du nuage (comme support de lecture)

Les ouvrages de Google Edition sont (et resteront pour la plupart d’entre eux) dans les nuages du cloud computing. Or on apprend que Google lancerait demain (mardi 7 décembre) son système d’exploitation Chrome OS, permettant d’équiper d’ici Noël les premiers Netbooks tournant sous Chrome OS, le même Chrome OS étant la première version à supporter le Chrome Web Store et son magasin d’application sur le même modèle qu’Apple (apprend-on ici). Donc ? Donc en plus des tablettes, smartphones, PC et e-books, Google se réserve aussi son Netbook comme potentiel support de lecture, et comme fournisseur d’applications pour sa chaîne de libraires franchisés. [maj : Google a bien lancé [en] le premier prototype de portable avec Chrome OS) 

La question du partage du gâteau

Houlala. Va falloir s’accrocher (voir par ici les “pricing options”, [en]) Plusieurs options donc. Les librairies indépendantes franchisées. Le modèle d’agence (c’est l’éditeur et non le libraire qui fixe le prix). On sait que, pour les ouvrages sous droits et uniquement ceux-là :

* l’éditeur touchera jusqu’à 52% du prix si l’ouvrage est vendu “sur” Google Edition (jusqu’à 45% s’il est vendu par un détaillant – ou un libraire partenaire)

Less than 10 percent of Google’s publishing partners asked for an agency deal, but they represent over half of the best-sellers in the store, the company said, and they get 70 percent of the sale price. (source)

Rappelons au passage que depuis le règlement Google (et même si celui-ci n’est toujours pas définitivement validé par la justice américaine), et concernant les œuvres orphelines, si les ayants-droit sont connus ils peuvent fixer le prix de vente, mais pour l’immense majorité des œuvres sans ayants-droit connus, et sauf accord particulier (comme dans le cas d’Hachette), c’est Google et lui seul qui fixera et modifiera comme il l’entend son prix (dans une fourchette de 12 tranches de prix comprises entre 1,99 dollars et 29,99 dollars)

La question du partage du gâteau (encore). Je fais et refais, depuis 2009, le pari avec mes étudiants que Google mettra en place sur Google Edition un équivalent du modèle AdWords permettant de rémunérer les auteurs non pas uniquement “au pourcentage des ventes” mais aussi – et peut-être surtout – “à la consultation”. D’autres (analyste chez Forrester [en]) ne sont pas loin de me suivre et font l’hypothèse de la création d’un “ad-supported publishing model” dans lequel Google vendra des liens sponsorisés (= proposera des campagnes AdWords) sur le contenu des ouvrages :

Where Dickens’s, “It was the best of times, it was the worst of times,” could end up sponsored by a Google AdWords campaign that reads, “Is your day feeling like the worst of times? Try our new sports drink to get your afternoon back on track.

Et le même d’ajouter :

First, books are the only medium left not significantly sponsored by advertising. From the Android Angry Birds game app to Pandora music streams to Hulu.com to the venerable NYT.com, advertising is essential to the success of nearly all media—analog and digital. The only reason book advertising has not happened is that the economics of distributing books have required that people pay for them—in a way they have never paid for the newspaper, magazines, or even music, where a majority of listening has always been radio-based.” (…) “the economics of publishing are swiftly moving away from an analog production model. (I blogged about this to much ado last month), which means that soon, we will no longer need to force the entire cost of a book on the buyer of the book, but instead can extract value from the reader of the book, in direct proportion to the value they get from it. In other words, the more pages they read (the more value they get), the more ads they see and the more value the publisher and author receive.

La question des oeuvres orphelines

Le réglement Google (settlement) n’ayant toujours pas été définitivement validé, reste la question de savoir si les oeuvres orphelines dont les ayants-droit ne sont pas connus figureront ou non dans le pack de départ de Google Edition. L’AFP et Letemps.ch semblent penser que non.
J’incline à penser que oui, parce que primo, bien malin celui qui réussira à les y dénicher, que deuxio, la “chaîne du livre sous droits” va avoir d’autres soucis immédiats à gérer en terme de positionnement et de choix stratégiques, et que tertio, le contrat avec Hachette risque de faire tâche d’huile et qu’une fois que la tâche sera suffisamment grande, Google pourra alors ouvrir en grand le robinet des oeuvres orphelines, sans grande crainte de représailles ou de procès.

J’allais oublier : la machine bizarroïde qui vous imprime et vous relie un livre de 300 pages en 5 minutes arrive en Europe [en]. Elle est déjà présente dans 53 bibliothèques et librairies des États-Unis. Je vous ai déjà dit que Google était partenaire de l’Espresso Book Machine ?

Moralité : Google Edition est en fait une librairie. Google Print était en fait une bibliothèque. Ne reste plus qu’à attendre le lancement de Google Library qui sera en fait une maison d’édition. Je verrai bien ça pour dans deux ans ;-)

Lire aussi l’expérience utilisateur et les réflexions d’Hubert sur La Feuille.

Sources utilisées pour la rédaction de ce billet (dans le désordre). Les ** signalent les articles particulièrement intéressants et/ou synthétiques (de mon point de vue) :

Google veut se refaire une image auprès des ayants-droits
Google eBooks propose 3 millions de livres numériques pour son lancement
Adobe announces adoption of ebook DRM by Google
Google eBooks is live: just in case Amazon, B&N, and Apple aren’t enough
Radio-Canada La revue du web – 6 décembre 2010
**Will Google eBooks Save Indie Booksellers?
Discover more than 3 million Google eBooks from your choice of booksellers and devices
** Google launches its eBooks store
Google’s New Bookstore Cracks Open the E-book Market
** The Ultimate Effect Of Google E-Books: A New Ad-Supported Model For Books
Google pourrait lancer Chrome OS mardi
Google nous invite pour une annonce Chrome
Google prêt à lancer le Nexus S
Google eBooks, la librairie en ligne est ouverte aux États-Unis
** Google Books overview
Google livres programme partenaires
** Google Editions : diviser pour mieux régner
First Espresso Book Machine in Continental Europe

Publié initialement sur le blog Affordance sous le titre Google édition : books.google.com/ebooks

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http://owni.fr/2011/01/10/google-books-libraire-numerique-depuis-2010/feed/ 5
De la roue à livres à la table Ipad http://owni.fr/2010/11/25/de-la-roue-a-livres-a-la-table-ipad/ http://owni.fr/2010/11/25/de-la-roue-a-livres-a-la-table-ipad/#comments Thu, 25 Nov 2010 15:40:49 +0000 Olivier Ertzscheid http://owni.fr/?p=36917 Titre original : Ameublement cognitif

D'abord la "Roue à livres"

On savait déjà que les fauteuils étaient, de manière périphrastique, des “commodités de la conversation“. Mais il est d’autres meubles, et nous le verrons, depuis longtemps, qui jouent ou ont joué un rôle essentiel dans “l’assise” de notre lien cognitif au monde.

Or donc. Je suis tombé ce matin, sur un billet de (l’eeeeexcellent) blog Graphism.fr, présentant une version de la table “salsa” du designer Bram Boo, version équipée de 4 Ipads intégrés. Et là, la vision de cette table Salsa équipée d’Ipads rapprochée de la lecture du titre du billet (“voici la mort de la bibliothèque ou son renouveau“) a immédiatement fait surgir une autre image : celle de la “roue à livres” d’Augusto Ramelli.

Les images en question

Tout ce qu’il faut savoir sur cet étrange objet est à lire dans ce billet du blog du bibliophile. Du point de vue cognitif, ou si l’on préfère, du point de vue de l’histoire des supports d’inscription de la connaissance, la roue à livres arrive à un moment où il devient essentiel de pouvoir mettre les textes en résonance, de les comparer, un moment où il est également nécessaire de pouvoir lire plusieurs ouvrages simultanément pour faire le tour (de roue) d’un sujet, d’un domaine, d’une question. Bref, la roue à livres incarne davantage qu’elle n’inaugure le modèle de la bibliothèque d’étude.


Ensuite la Table Salsa Ipad.

Une table dont Graphism.fr nous rappelle la particularité : “être un ensemble de chaises/bancs conçus pour quatre personnes avec quatre iPad intégrés. Chaque utilisateur se trouve ainsi dans une direction différente mais tous avec un iPad sous les yeux.

Pourquoi penser à la roue à livres en découvrant la table à Ipad ?

Parce que la table à Ipad, dont la finalité première est de pouvoir équiper – notamment – les bibliothèques, me semble emblématique d’un nouveau rapport cognitif au savoir, comme le fut la roue à livres en son temps.

La table à Ipad vise au rassemblement des “lecteurs” quand la roue à livres leur offrait un isolement nécessaire. Il s’agit de mettre 4 personnes en situation de rassemblement (= “sur”  et non pas “autour” d’une même table) mais en préservant, par défaut, leur “intimité” en les orientant différemment (c’est à dire en “organisant”, en “scénarisant” l’absence de face à face), et tout en incluant (et en induisant fortement) dans le dispositif (la table) la possibilité d’une transition facile vers une rupture de cette intimité au profit d’une collaboration duale prioritaire, mais pouvant également être élargie à l’ensemble des personnes “en co-présence” autour de ladite table.

Ingénierie de la proxémie

La table à Ipad est un outil qui relève d’une ingénierie de la proxémie. (la proxémie étant l’étude des distances mesurables entre des personnes – ou des animaux – qui interagissent pour en déduire des données comportementales).

Scénariser le lien, qu’il soit “hypertexte” ou “social”. Là où son lointain ancêtre (la roue à livres) visait précisément à se focaliser sur un seul type d’interaction (entre l’homme et les livres), en jouant l’isolement du lecteur – postulé comme nécessaire – et en intensifiant et dé-multipliant le seul rapport à l’objet-livre, la table à Ipad scénarise différemment la nature du lien social en bibliothèque.

Pour une raison “simple” : le dispositif technologique contenant – possiblement – tous les livres, point n’est besoin de scénariser le chemin d’accès à la lecture, toutes les lectures étant là encore possiblement contenues dans un si petit objet. L’accent peut donc être mis sur le meilleur moyen de rebâtir autour de l’objet lui-même, c’est à dire, en fait, autour de la connaissance qu’il contient et donc de la bibliothèque elle-même, un espace qui autorise l’isolement sans interdire, et en facilitant le rapprochement.

Les bibliothèques ont à mon avis beaucoup à glaner du côté de cette ingénierie de la proxémie. Certaines y réfléchissent d’ailleurs déjà depuis pas mal de temps (enfin j’espère).

Deux ingénieries connexes. Au fond, c’est peut-être cela le seul vrai learning center : tous les livres dans des Ipad, des Ipad “dans” des tables, des gens disposés autour, des interactions qui se mettent en place. Une ingénierie de la proxémie au service d’une autre ingénierie déjà bien avancée, celle de la proxémie d’en-dedans du dispositif technologique (l’ipad) : c’est à dire la manière dont s’effectue la navigation entre des contenus venant eux-mêmes de strates cognitives parfois radicalement diverses (journaux, livres, jeux, etc.). De cette ingénierie là également (qui correspond grosso modo à ce que l’on nomme habituellement la “navigation”) il faut s’emparer.

Moralité. Si elles veulent s’emparer des enjeux de la révolution cognitive de notre époque, les bibliothèques (ou les learning centers …) de demain ont aujourd’hui tout intérêt à embaucher massivement des anthropologues (proxémie – interactions dans l’espace), des ergonomes (navigation dans les contenus), et des designers qui permettront d’articuler l’ensemble.

>> Article initialement publié sur Affordance

>> source (photos non Creative Commons)

>> Illustration pour OWNI de Elliot Lepers

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http://owni.fr/2010/11/25/de-la-roue-a-livres-a-la-table-ipad/feed/ 4
20 conseils pour les bibliothèques et les bibliothécaires http://owni.fr/2010/10/18/20-conseils-pour-les-bibliotheques-et-les-bibliothecaires/ http://owni.fr/2010/10/18/20-conseils-pour-les-bibliotheques-et-les-bibliothecaires/#comments Mon, 18 Oct 2010 15:17:51 +0000 Yann Leroux http://owni.fr/?p=31923 J’étais jeudi 23 septembre au colloque organisé par la Petite Bibliothèque Ronde. Mon intervention était surtout centrée sur les dynamiques psychologiques du joueur de jeu vidéo, et je me suis rendu compte en écoutant les interventions venant de orateurs et de la salle qu’il y avait aussi beaucoup d’autres choses à dire.

On sent vis à vis des matières numériques des envies et des hésitations de la part des bibliothécaires. Les envies viennent de ce que beaucoup pressentent que le numérique est une matière intéressante à travailler. Les hésitations viennent principalement d’enjeux de pouvoirs : le service informatique renâclent à ouvrir les accès réseau, la mairie veut contrôler la communication de sa bibliothèque etc…

Aucun usage efficace des manières numériques n’est possible dans un tel contexte de contrôle. Les mondes numériques sont des mondes de l’interaction, de la réactivité et de la confiance. Si des personnes ont été embauchées à un poste de bibliothécaire, c’est bien parce que l’employeur considère qu’elles sont compétentes. Retirer cette confiance aux abords des mondes numériques est une erreur qui les empêche de travailler.

Les hésitations viennent de ce que des bibliothécaires ne savent pas par quel bout commencer. Il y a là une réponse simple : il faut commencer par le bout que l’on juge être le plus pratique. L’interaction des mondes numériques suppose que l’on puisse se tromper et recommencer. C’est d’ailleurs sans doute l’indulgence vis à vis de l’erreur qui fait que nous avons en France quelques difficultés avec les usages numériques : notre système éducatif est basé sur l’excellence et toute erreur y est sévèrement sanctionnée.

Les bibliothécaires doivent se rappeler que les matières numériques sont autant d’occasions données à lire. Elles ont là un rôle pédagogique à jouer. Chacune de nos actions en ligne, des “Like” de Facebook en passant par le choix de notre navigateur ont des conséquences, chacune de nos actions en ligne est un acte politique. Les bibliothèques peuvent apprendre aux utilisateurs à interpréter les résultats d’une requête d’un moteur de recherche. Elles peuvent faire un travail de transmission de l’histoire du réseau et de ses cultures.

Mais peut-être est ce que cela reste encore un peu trop abstrait ? Voilà donc quelques conseils que j’aurais aimé donner aux bibliothécaires.

Prenez place sur le réseau

Cela commence à créer une identité en ligne qui sera utilisée sur les différents services de l’Internet. Le nom en ligne doit vous identifier clairement à la fois comme service (vous êtes une bibliothèque) et comme lieu (vous êtes implantée dans une commune et une ville).

Créez des réseaux de professionnels

Allez au contact d’autres bibliothèques et participez à leur travail en ligne en commentant et en faisant connaitre leurs contenus sur vos propres réseaux. Rapprochez vous d’eux sur Facebook, Linkedin et Viadeo.

Privilégiez votre voisinage

Des services comme Twitter ou Foursquare  et bientôt Facebook vous permettent de trouver des personnes qui sont dans la même zone géographique que vous. Ajoutez les à vos contact et suivez leurs publications. Le voisinage n’est pas que géographique : il peut s’agir de communautés d’intérêt. Rapprochez vous des entités qui vous ressemblent : bibliothèques, médiathèques… mais aussi les lieux que fréquentent votre  public : centres de loisirs, maisons de retraite, centre sportifs, hôpitaux,  etc..

Pensez aux lointains

Le réseau vous permet de toucher bien au-delà de votre zone géographique. Cela peut être utile pour des personnes qui sont de façon temporaire ou durable éloignés d’une bibliothèque qu’ils ont aimé fréquenter. Cela est utile à la bibliothèque car elle se met au contact de pratiques et d’institutions qui lui sont hétérogènes. Il y a là matière à enrichissement et à serendipité.

Mettez en place un système de veille

Un système de veille vous permet de rester au contact de l’actualité culturelle telle qu’elle se pratique en ligne et la rapprocher de vos usagers. Utilisez des aggrégateurs de flux comme Google Reader ou Netvibes.

Utilisez différents services

Les publics ne sont pas les même sur Twitter, MySpace, Facebook ou Skyblog. Allez chercher le public là ou se trouve, et installez y votre présence numérique. Certains services peuvent diffuser la même information tandis que d’autres nécessiteront de s’adapter au public que l’on souhaite atteindre.

Publiez régulièrement

Une présence en ligne inhabitée est pire que pas de présence du tout. Publiez, publiez, publiez. Vous avez avec une bibliothèque des ressources infinies. Vous pouvez vous appuyer sur la vie de la bibliothèque : l’arrivée d’un nouveau matériel, l’achat de nouveaux documents, ou encore les animations de la bibliothèque sont autant  d’occasions de billets. Appuyez vous sur l’actualité pour proposer des médias qui permettent de la mieux comprendre. Faites des revues de presse. Si vous ne savez pas quoi écrire, parlez des livres qui parlent de la panne de l’écrivain ou des guides d’écriture.

Interagissez

Donnez la possibilité au public de vous poser des questions et répondez-y. De votre coté, n’hésitez pas à solliciter votre public. Demandez lui de participer, suggérez lui vous faire part de se préférences

Bloggez…

Le blog a été une des locomotives du web 2.0. C’est une formidable machine à penser et  créer des liens. Le blog sera le point de départ et d’arrivée de votre présence en ligne. Vous y publierez des informations générales sur la bibliothèque (heures et jours d’ouverture, … le blog permet de construire une relation avec une audience. Les bibliothécaires pourront y faire valoir leur coups de cœurs

Utilisez Twitter

Avec Twitter, vous pouvez diffuser très rapidement des informations sur votre réseau social. Il est aussi possible de faire des actions flash, limitées à xxxx. Enfin, en jouant sur les hastags, ils est possible d’aggréger des communautés d’intéret et de constituer des mémoires de l’activité en ligne de la bibliothèque.

Créez une page Facebook

Avec 500 millions de comptes, et une progression constante, vous êtes assuré de trouver sur Facebook des personnes intéressées par votre travail. Les pages Facebook sont des pages publiques, elle sont indexées par les moteurs de recherche. Votre audience a partir de cette page ira donc au delà de Facebook.

Donnez le choix à vos utilisateurs

Offrez leur la possibilité choisir entre plusieurs navigateurs, le choix de s’identifier ou non, le choix dans la modalité de l’identification. Donnez leur le choix dans la façon dont il souhaitent prendre connaissance du contenu que vous publiez. Publiez intégralement le contenu dans votre flux RSS afin qu’il puisse être lu en situation de mobilité ou à partir d’un lecteur de flux

Bookmarkez les pages web

Utilisez les services comme Delicious ou Diigo pour faire apparaitre les pages web qui vous semblent intéressantes. N’oubliez pas d’ajouter des mot-clés et un commentaire.

Créez des comptes sur YouTube et Dailymotion

Repérez les vidéo intéressantes et mettez les en valeur en les commentant, ou en les embarquant sur votre Facebook et/ou votre blogue. Liez les à d’autres contenus.

Créez des podcast

Vous pouvez créer des posdcast que vous mettrez à la disposition de votre public sur iTunes et les autres plateformes de podcasting. Privilégiez un format court (3 minutes) afin de  faciliter le téléchargement et l’écoute. Vous pourrez également proposer en podcast les animations qui ont eu lieu dans la bibliothèque.

Jouez

Jouez avec les dispositifs numériques. Essayez. Partagez votre expérience sur votre blogue. Sélectionnez ce qui marche et abandonnez ce qui ne marche pas. Jouez aussi avec les jeux vidéo. Proposez des moments de découverte des jeux ou d’un type de jeu. Créez des équipes de gamers. Inspirez vous de l’exemple de la bibliothèque de Saint Raphael qui joue à Dofus. Inventez : vous pouvez par exemple collecter tous les lieux de Dofus qui parlent de bibliothèque et les rapprocher d’autres bibliothèques passées ou existantes

Encouragez l’utilisation des téléphones cellulaires dans la bibliothèque

Engagez les utilisateurs à utiliser les textos plutôt que la voix dans leurs communication personnelles. Faites en sorte que vos contenus en ligne soient accessibles facilement depuis un téléphone.

Mettez en avant vos usagers

Certains d’entre eux ont sans doute des compétences qu’ils souhaitent partager. Qu’il s’agisse du jardinage, du scrabooking, de la programmation, des voyages, d’une langue étrangère… vous avez sans doute quelques livres sur le sujet. Profitez en pour rapprocher les personnes et les livres.

N’ayez pas peur d’échouer

Dans ce que vous tenterez, certaines choses ne marcheront pas. Ne vous en inquiétez pas trop. Les mondes numériques sont des mondes construits par essai erreur. Profitez en pour essayer différentes solutions et construire votre votre présence en ligne en fonction de vos goûts, de vos habilités, et de vos objectifs.

Gardez en vue un plan d’ensemble

Votre communication sera d’autant mieux comprise qu’elle permet d’avoir un point de vue général sur une question. On pourra ainsi par exemple accéder aux musiques d’un polar sur Deezer, aux lieux sur Google Map, aux sites qui parlent du livre sur Diigo ou Delicious.

>> Article initialement publié sur Psy et Geek

>> Illustrations FlickR CC : Enokson, Pieter Musterd

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http://owni.fr/2010/10/18/20-conseils-pour-les-bibliotheques-et-les-bibliothecaires/feed/ 11
Vendredi c’est Graphism ! S01E10 http://owni.fr/2010/10/15/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e10/ http://owni.fr/2010/10/15/vendredi-c%e2%80%99est-graphism-s01e10/#comments Fri, 15 Oct 2010 07:36:31 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=31626 Ça y est, voilà dix semaines que Vendredi c’est Graphism! a été créé et voilà donc dix semaine que nous parcourons l’actualité graphique & design :-) Je continue donc sur ma lancée avec un numéro 10 très chargé en actualités, une fois de plus. Au programme de la semaine, je vais vous parler du générateur de logo pour MySpace, du superbe jeu vidéo Hohokum, de la table iPad designée par Bram Boo mais également d’un robinet entièrement repensé et contrôlé par les gestes de la main ou encore un assemblage mêlant typographie & vidéo. On finira sur un petit WTF des pays de l’Est et par le mot de la fin ;-)

La semaine dernière je vous parlais du logo de GAP et de son revirement (ils ont changé de logo puis sont revenus à la version précédente!), c’est au tour de MySpace de changer de logo pour un logo assez “spécial” qui est en fait un grand “my” suivit d’un underscore à côté : “my____”. L’idée a été vite reprise sous forme de générateur de logo MySpace, le concept est qu’il est possible de mettre tout… et bien évidemment n’importe quoi dans ce logo ;-)

le générateur de logo MySpace

On sort des logos en noir et blanc pour se plonger dans l’univers d’un jeu vidéo très coloré et très élégant ! Réalisé par les créateurs de « Poto & Cabenga » (un excellent jeu flash que je vous recommande), je vous présente le jeu vidéo Hohokum. Dans la vidéo ci-dessous on découvre un game play assez intéressant avec un serpent dans un univers graphique très coloré, en papier découpé ou en mosaïque. Le déplacement de l’écran également rajoute une dynamique assez forte au mouvement.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cette semaine également fût pour moi la découverte de cette table d’un genre nouveau imaginée par le designer Bram Boo. Cette table  nommée « Salsa » est un ensemble de chaises/bancs conçus pour quatre personnes avec quatre iPad intégrés. Chaque utilisateur se trouve ainsi dans une direction différente mais tous avec un iPad sous les yeux.

Un tel dispositif symbolise le lieu collectif ainsi que la lecture… donc pourquoi pas la bibliothèque (municipale par exemple, ou un CDI). Imaginons qu’avec ce dispositif, les livres soient numérisés, qu’ils soient accessibles plus facilement (nul besoin de chercher parmis les étagères), qu’ils soient également téléchargeables, que l’écran puisse offrir un réel confort de lecture (il y a encore du travail), qu’un tel lieu puisse être également connecté à toutes les autres bibliothèques pour partager leurs ouvrages (voire à Google Books), imaginons aussi le gain de temps et de moyens grâce à ces dispositifs ou encore la possibilité à cent ou dix mille personnes d’emprunter le même livre sans pour autant en priver quelqu’un d’autre. Imaginons tout ceci. Alors certes, il n’y aurait plus le touché du livre, son odeur, la main du papier, la couleur ne serait plus la même, certes, les ouvrages numérisés ne seraient pas conçus au départ pour être lus sur écran, des choses que je trouve primordiales mais imaginons qu’il serait toujours possible de retrouver l’ouvrage si l’objet a une importance au travers de l’information. Je suis le premier à collectionner les livres, anciens, beaux, rares, chers, cependant, je me demande comment les générations futures (et les jeunes générations actuelles), réagiront lorsqu’elles se retrouveront face à des bibliothèques ou des CDI totalement numériques.

Est-ce que les jeunes & futures générations auront un intérêt dans l’objet livre ou peut-être qu’avec la diversité des support, peut importe la source ou le medium, seule le contenu comptera ? Allez savoir.

biblio Voici la mort de la bibliothèque ou son renouveau ?

On enchaîne notre aperçu de la semaine avec un projet réalisé dans le cadre du Master en Science & conception de projet industriel d’obtention à l’Université de technologie d’Eindhoven, aux Pays-Bas. Ce projet (prototype + réalisation finale) est une réflexion menée autour de la gestuelle et notamment sur la façon dont le geste peut améliorer la manipulation d’un objet. Voici donc un robinet de cuisine entièrement contrôlé par les gestes de la main.

De tels objets deviennent une extension de l’utilisateur lui-même, que ce soit son corps, ses mains, ou même son esprit, un tel dispositif réduit l’interface à la simple notion d’utilisateur. L’interaction est ici minimale mais assez puissante pour permettre d’allumer un robinet, de régler sa puissance, sa température, son type de jet, chose qui parfois peut s’avérer délicat avec une seule main.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Le designer Roman Cortes s’est amusé cette semaine à réaliser une petite expérimentation typographique sur la chanson Never Gonna Give You Up du désormais célèbre Rick Astley. La typographie s’anime ainsi dans une danse fluide. Les lettres suivent ainsi chaque image de la vidéo flash. Tout est codé en actionScript et, hélas, la typographie est tout simplement de l’Arial (pour éviter d’avoir à “embarquer” la typographie dans le fichier flash et ainsi gagner en performances).

source

Allez, on termine la semaine avec un WTF qui se passe dans un pays de l’Est de l’Europe. Au début ce n’est qu’un banal évènement, puis un genre de double rainbow du WTF. Je vous laisse découvrir :

Cliquer ici pour voir la vidéo.

Pour conclure ce dixième Vendredi c’est Graphism!, je voulais vous remercier et également de vos petits e-mails sympathiques avec vos actualités graphiques :-) Et quelques phrases pour la fin :

- Tu connais par cœur la musique du répondeur de la MDA ;-)
- Tu sais faire des capitales accentuées et des ;¬)
- Tu utilises ton écran dans sa résolution native.
- Tu as des livres d’images encore à 25 ans.
- Tu fais des cartes de visites mais tu n’en as pas pour toi.
- Tu aimes les mots « bords perdus », « corps », « vectorielle »…
- Tu es pris d’une vive douleur à l’estomac lorsqu’on te dit : « plus gros le logo ».
- Sur ta carte de visite, tu ne sais plus si tu dois écrire « graphiste », « directeur artistique » ou « graphic designer ».
- T’as pas fait ctr l+ S et que tu le payes cher là tout de suite!
- Que t’as plus d’A3 mais qu’en collant deux A4 ça devrait le faire…

À la semaine prochaine ! ;-)

Geoffrey

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